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Hausse tarif décennale : comment réagir

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Stock market chart shows a downward trend.
Photo par Arturo Añez sur Unsplash

Vous ouvrez votre avis d’échéance et le montant a changé. Pas de quelques euros. Votre décennale est passée de 2 200 a 3 100 euros. Soit 40 % de plus que l’an dernier. Vous n’avez pas eu de sinistre. Vous n’avez pas changé d’activité. Votre chiffre d’affaires n’a pas explosé. Et pourtant, la facture est la, noir sur blanc, avec une date limite de paiement dans trois semaines.

Vous n’êtes pas seul dans cette situation. Depuis 2023, le marché de l’assurance décennale connaît une vague de hausses tarifaires sans précédent. Des artisans voient leur prime augmenter de 20, 30, parfois 50 % d’une année sur l’autre, sans que rien n’ait changé dans leur profil. Et la tendance ne s’inverse pas en 2026. Au contraire.

Mais une augmentation n’est pas une fatalité. Vous avez des droits. Vous avez des options. Et dans de nombreux cas, vous pouvez obtenir un tarif nettement plus bas en prenant les bonnes décisions au bon moment. Ce guide vous explique pourquoi les prix montent, ce que vous pouvez faire concrètement, et comment éviter de payer plus que nécessaire.

Artisan qui calcule ses devis et factures

Pourquoi votre décennale augmente : les vraies raisons

Quand votre prime augmente, il est tentant de penser que votre courtier se fait une marge plus grosse. C’est parfois le cas. Mais la réalité est souvent plus complexe. Plusieurs facteurs structurels expliquent la tendance haussière du marché de la décennale, et les comprendre vous aidera à mieux réagir.

La sinistralité du secteur BTP

L’assurance décennale couvre des sinistres qui apparaissent parfois cinq, sept ou dix ans après la fin des travaux. Un assureur qui a vendu des contrats à bas prix en 2018 découvre en 2025 que les sinistres sur cette génération de chantiers coûtent bien plus cher que prévu. Résultat : il remonte ses tarifs pour compenser les pertes passées et provisionner les sinistres futurs.

Le secteur du BTP en France génère chaque année un volume considérable de sinistres décennaux. Les infiltrations, les fissures structurelles, les défauts d’étanchéité, les problèmes de fondation : ces désordres coûtent cher à réparer, et leur fréquence ne diminue pas. Les assureurs ajustent leurs tarifs en fonction de cette sinistralité globale, pas uniquement en fonction de votre dossier personnel. Autrement dit, même si vous n’avez jamais eu de sinistre, vous payez en partie pour la sinistralité de l’ensemble de votre corps de métier.

Certains métiers sont plus touchés que d’autres. Les métiers du gros oeuvre (maçonnerie, charpente, couverture) génèrent statistiquement plus de sinistres lourds que les métiers du second oeuvre (peinture, menuiserie intérieure). Si vous êtes maçon, les hausses de tarif sont généralement plus marquées que si vous êtes électricien. Mais aucun métier n’est totalement épargné.

Le coût des réparations qui explose

Quand un sinistre décennal est constaté, il faut le réparer. Et le coût de ces réparations a considérablement augmenté ces dernières années. Le prix des matériaux de construction a bondi depuis 2021 : le bois, l’acier, le ciment, l’isolant, tout a pris entre 15 et 40 % selon les postes. La main-d’oeuvre qualifiée est rare et donc plus chère. Les délais d’intervention s’allongent, ce qui augmente les frais de gestion des sinistres.

Pour un assureur, un sinistre qui aurait coûté 25 000 euros à réparer en 2020 peut en coûter 35 000 ou 40 000 euros en 2026. Cette inflation sur le coût des sinistres se répercute mécaniquement sur les primes. Les assureurs ne sont pas des organismes caritatifs : ils calculent leurs tarifs sur la base de ce que les sinistres leur coûtent réellement, pas sur la base de ce qu’ils coûtaient il y a cinq ans.

Les normes de construction qui évoluent

Chaque nouvelle réglementation impose des standards plus exigeants. La RE2020, entrée en vigueur en 2022, a modifié les techniques de construction, les matériaux utilisés et les performances attendues des bâtiments. De nouvelles techniques signifient de nouveaux types de sinistres, que les assureurs ne savent pas encore bien évaluer. Cette incertitude se traduit par des tarifs plus élevés, car les assureurs appliquent une prime de prudence sur ce qu’ils ne connaissent pas encore bien.

Les constructions en ossature bois, par exemple, se sont multipliées ces dernières années. Les assureurs ont constaté une sinistralité parfois supérieure sur ces ouvrages, notamment en matière d’étanchéité et de tenue dans le temps. Les contrats qui couvrent la construction bois sont donc souvent plus chers, et les hausses plus fréquentes.

Le retrait des assureurs du marché

C’est peut-être le facteur le plus déterminant. Plusieurs compagnies d’assurance ont réduit leur exposition au marché de la décennale ces dernières années, voire l’ont quitté complètement. Certaines ont arrêté de souscrire de nouveaux contrats. D’autres ont résilié des portefeuilles entiers d’artisans jugés trop risqués.

Quand le nombre d’assureurs diminue, la concurrence baisse. Et quand la concurrence baisse, les prix montent. C’est la loi de l’offre et de la demande, appliquée à l’assurance. En 2026, le nombre de compagnies qui acceptent de porter du risque décennal en France est significativement inférieur à ce qu’il était en 2018 ou 2019. Les artisans ont moins de choix, et les assureurs restants peuvent se permettre de facturer plus cher.

Votre profil qui a changé (sans que vous le sachiez)

Il arrive aussi que l’augmentation soit directement liée à votre dossier, même si vous n’en avez pas conscience. Voici les éléments de votre profil que votre assureur réévalue chaque année.

Votre chiffre d’affaires. Si votre CA déclaré a augmenté, votre prime suit. C’est normal : un CA plus élevé signifie plus de chantiers, donc plus de risques. Vérifiez que le CA pris en compte par votre assureur correspond bien à votre réalité. Si vous avez déclaré 180 000 euros et que votre assureur calcule sur la base de 250 000 euros, il y a un problème.

Vos activités déclarées. Avez-vous ajouté une activité secondaire lors de votre dernière déclaration ? Certaines activités sont beaucoup plus chères à assurer que d’autres. L’ajout d’une activité de couverture ou d’étanchéité à un contrat de maçonnerie peut faire bondir la prime de 30 % ou plus.

Votre ancienneté. Les artisans qui ont moins de trois ans d’expérience professionnelle payent plus cher. Si vous venez de créer votre entreprise après une reconversion, votre profil est considéré comme plus risqué.

Un sinistre déclaré. Même un sinistre mineur, même un sinistre qui n’a donné lieu à aucune indemnisation, peut influencer votre tarif. Certains assureurs appliquent automatiquement une majoration dès qu’un sinistre apparaît dans votre relevé d’informations, quel que soit son montant ou son issue.

Vos droits face à une augmentation

Vous n’êtes pas démuni face à une hausse de tarif. Le Code des assurances vous protège et vous donne plusieurs leviers d’action. Encore faut-il les connaître.

Le droit à l’information

Votre assureur est tenu de vous informer de toute modification tarifaire avant la date d’échéance de votre contrat. L’avis d’échéance doit mentionner clairement le nouveau montant de la prime et la date limite de paiement. Si vous n’avez pas reçu cet avis dans les délais prévus par votre contrat (généralement un à deux mois avant l’échéance), vous pouvez contester la hausse.

Vous avez également le droit de demander une explication détaillée de l’augmentation. Pourquoi le tarif a-t-il changé ? Quel élément de votre profil justifie cette hausse ? Votre courtier doit être en mesure de vous répondre précisément. S’il vous dit simplement “c’est le marché”, c’est insuffisant. Le marché peut expliquer une hausse de 5 à 10 %. Il n’explique pas une hausse de 40 % sur un profil inchangé sans sinistre.

Le droit de résiliation

Si votre contrat a plus d’un an, la loi Hamon vous permet de résilier à tout moment, avec un préavis d’un mois. Vous n’avez pas besoin d’attendre la date d’échéance. C’est votre arme la plus efficace face à une augmentation injustifiée.

Si votre contrat a moins d’un an, vous pouvez résilier à la date d’échéance annuelle en respectant le préavis prévu (généralement deux mois). Dans les deux cas, la résiliation est un droit que personne ne peut vous refuser.

Un point important : certains contrats contiennent une clause qui vous autorise à résilier spécifiquement en cas d’augmentation de la prime au-delà d’un certain seuil. Cette clause, quand elle existe, vous donne un droit de résiliation supplémentaire dans les trente jours suivant la notification de l’augmentation. Vérifiez vos conditions générales.

Le droit au relevé d’informations

Votre assureur est obligé de vous fournir un relevé d’informations sinistres sur simple demande. Ce document liste l’ensemble des sinistres déclarés sur votre contrat et leur état (en cours, réglé, sans suite). Il est indispensable pour obtenir des devis auprès d’autres assureurs. Si votre assureur refuse ou tarde à vous le fournir, il est en infraction avec le Code des assurances. Rappelez-le-lui par écrit.

Le droit de comparer

Rien ne vous oblige à accepter l’augmentation proposée par votre assureur actuel. Vous pouvez demander des devis a d’autres courtiers pour le même niveau de couverture, et choisir l’offre la plus avantageuse. Le simple fait de comparer peut vous faire économiser plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’euros par an.

Comment réagir concrètement à une augmentation

Comprendre vos droits, c’est bien. Savoir quoi faire concrètement, c’est mieux. Voici la méthode, étape par étape, pour réagir efficacement face à une hausse de votre décennale.

Étape 1 : Analysez l’augmentation

Avant de réagir, comprenez ce qui se passe. Prenez votre avis d’échéance et comparez-le avec celui de l’année précédente. Identifiez précisément le montant de la hausse en euros et en pourcentage. Puis vérifiez les éléments suivants.

Le chiffre d’affaires pris en compte est-il correct ? Comparez-le avec votre CA réel de l’année précédente. Si votre assureur se base sur un CA estimé et que votre CA réel est inférieur, demandez un recalcul.

Les activités couvertes sont-elles les bonnes ? Vérifiez que votre contrat ne couvre pas des activités que vous n’exercez plus, ou qu’il ne vous facture pas pour des activités secondaires que vous n’avez pas déclarées.

Y a-t-il eu un sinistre déclaré ? Même si vous pensez ne pas avoir eu de sinistre, vérifiez votre relevé d’informations. Il arrive qu’un sinistre soit ouvert à votre nom sans que vous en soyez informé, par exemple suite à une réclamation d’un client dont vous n’avez pas eu connaissance.

La taxe CATNAT (catastrophes naturelles) a-t-elle changé ? Cette taxe, fixée par l’État, est intégrée dans votre prime. Son taux peut évoluer d’une année sur l’autre et expliquer une partie de la hausse.

Étape 2 : Contactez votre courtier

Appelez ou écrivez à votre courtier pour lui demander une explication détaillée de la hausse. Soyez factuel et précis. Dites-lui : “Mon contrat passe de X euros à Y euros, soit une hausse de Z %. Quels éléments justifient cette augmentation ?”

Écoutez sa réponse. Si elle est précise et documentée (augmentation du ratio sinistres/primes sur votre corps de métier, réévaluation du risque par la compagnie, évolution des taxes), vous avez affaire à un professionnel transparent. Si la réponse est vague ou se résume à “c’est le marché”, c’est un signal d’alerte.

Profitez de cet échange pour demander si votre courtier peut négocier un meilleur tarif auprès de la compagnie, ou vous proposer une alternative via un autre assureur de son réseau. Un bon courtier a accès à plusieurs compagnies et peut parfois trouver une solution sans que vous ayez à changer de courtier.

Étape 3 : Demandez des devis ailleurs

Ne vous contentez pas de la réponse de votre courtier actuel. Demandez au minimum deux ou trois devis à d’autres courtiers spécialisés en décennale. Pour que les devis soient comparables, fournissez à chaque courtier exactement les mêmes informations : même chiffre d’affaires, mêmes activités, même historique de sinistralité.

Quand vous comparez les devis, ne regardez pas uniquement le montant total. Comparez aussi les franchises (le montant qui reste à votre charge en cas de sinistre), les plafonds de garantie, les exclusions spécifiques, et les garanties optionnelles incluses ou non.

Un devis 20 % moins cher avec une franchise deux fois plus élevée n’est pas forcément une meilleure affaire. À l’inverse, un devis légèrement plus cher avec des garanties plus larges et une franchise plus basse peut être plus protecteur sur le long terme.

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Étape 4 : Négociez ou changez

Si les devis que vous avez obtenus sont nettement plus avantageux que votre contrat actuel, vous avez deux options.

Option A : Négocier avec votre courtier actuel. Montrez-lui les devis concurrents et demandez-lui s’il peut s’aligner. Certains courtiers préféreront baisser leur marge plutôt que de perdre un client. Si votre courtier parvient à vous obtenir un tarif comparable à celui de la concurrence, rester chez lui peut avoir du sens, surtout si vous êtes satisfait du service par ailleurs.

Option B : Changer de courtier. Si votre courtier actuel ne peut pas ou ne veut pas s’aligner, changez. La procédure est encadrée par la loi et ne présente aucun risque si elle est menée correctement. Votre nouveau courtier peut se charger des démarches de résiliation auprès de l’ancien assureur (dans le cadre de la loi Hamon). L’essentiel est de veiller à la continuité de couverture : pas un jour sans assurance entre l’ancien et le nouveau contrat.

Étape 5 : Optimisez votre profil

Une fois le problème immédiat réglé (vous avez obtenu un meilleur tarif), travaillez sur le moyen terme pour maintenir votre prime à un niveau raisonnable. Voici les leviers que vous pouvez activer.

Déclarez un CA réaliste. Si vous surestimez votre chiffre d’affaires, vous payez trop. Si vous le sous-estimez, vous risquez un problème en cas de sinistre (la règle proportionnelle de prime peut réduire votre indemnisation). Déclarez le juste montant.

Nettoyez vos activités. Si votre contrat couvre des activités que vous n’exercez plus, faites-les retirer. Chaque activité couverte a un coût. Retirez celles qui ne sont plus pertinentes.

Investissez dans la formation. Les artisans diplômés et formés payent moins cher. Si vous avez obtenu une qualification supplémentaire (Qualibat, RGE, ou un diplôme professionnel), communiquez-le à votre assureur. Ces éléments peuvent faire baisser votre prime.

Maintenez un historique propre. Évitez les déclarations de sinistres inutiles. Si un désordre mineur peut être réglé directement avec le client pour un coût inférieur à votre franchise, il est parfois plus judicieux de le traiter à l’amiable plutôt que de le déclarer à votre assureur. Attention toutefois : ne dissimulez jamais un sinistre grave. La non-déclaration d’un sinistre qui relève de la garantie décennale est une faute qui peut entraîner la déchéance de votre couverture.

Les profils les plus touchés par les hausses

Tous les artisans ne sont pas exposés de la même manière aux augmentations. Certains profils sont systématiquement plus impactés que d’autres.

Les métiers du gros oeuvre

Les maçons, les couvreurs, les charpentiers et les étanchéistes sont en première ligne. La sinistralité sur ces métiers est historiquement élevée, car les désordres touchent la structure même du bâtiment. Un défaut de fondation ou une infiltration en toiture coûte beaucoup plus cher à réparer qu’une peinture qui s’écaille. Les assureurs le savent, et les primes reflètent ce niveau de risque. Les hausses annuelles de 15 à 25 % ne sont pas rares sur ces métiers, même pour des artisans sans sinistre.

Les jeunes entreprises

Un artisan qui vient de créer son entreprise, avec moins de trois ans d’ancienneté professionnelle, paie une surprime significative. Les assureurs considèrent que le manque d’expérience augmente le risque de malfaçon. Cette surprime peut représenter 30 à 50 % de plus qu’un artisan expérimenté exerçant la même activité. Et quand le marché monte globalement, cette surprime amplifie l’effet.

La bonne nouvelle, c’est que cette surprime diminue avec le temps. Après trois ans sans sinistre, puis après cinq ans, votre profil s’améliore progressivement. Votre tarif devrait baisser en conséquence. Si ce n’est pas le cas, il est temps de comparer.

Les artisans multi-activités

Si vous exercez plusieurs activités (maçonnerie + couverture + plâtrerie, par exemple), votre contrat couvre l’ensemble de ces activités, et le tarif est calculé sur la base de l’activité la plus risquée. Ajouter une activité de gros oeuvre à un contrat de second oeuvre peut faire exploser la prime. L’assureur ne fait pas la moyenne : il évalue le risque maximal.

Si certaines de vos activités secondaires sont marginales (moins de 10 % de votre CA), évaluez si elles justifient le surcoût d’assurance. Il peut être plus rentable de renoncer à quelques chantiers accessoires plutôt que de payer une prime majorée toute l’année.

Les artisans avec sinistres

Un seul sinistre déclaré peut changer radicalement votre profil aux yeux des assureurs. Même un sinistre réglé et clos peut entraîner une majoration de 20 à 40 % lors du renouvellement. Deux sinistres en cinq ans, et certains assureurs refuseront tout simplement de vous renouveler.

Si vous avez un historique de sinistres, votre marge de manoeuvre est plus limitée, mais elle existe. Certains courtiers spécialisés savent placer des profils sinistrés auprès de compagnies qui acceptent ce type de risque, moyennant un tarif certes plus élevé, mais souvent inférieur à ce que propose votre assureur actuel par inertie.

Cas concret : l’histoire de Karim, maçon dans le 93

Karim est maçon depuis sept ans. Il a créé sa SARL en 2019 et n’a jamais eu de sinistre. Son chiffre d’affaires est stable autour de 220 000 euros par an. Il travaille principalement en rénovation, pour des particuliers.

En 2024, sa décennale lui coûtait 2 400 euros par an. En 2025, la prime est passée à 3 200 euros, soit une hausse de 33 %. Il a appelé son courtier, qui lui a expliqué que “le marché a monté sur la maçonnerie”. Karim a accepté et payé.

En 2026, l’avis d’échéance arrive : 4 100 euros. Soit 28 % de plus que l’année précédente. Et 70 % de plus qu’en 2024. Cette fois, Karim ne laisse pas passer.

Il demande son relevé d’informations sinistres a son courtier. Résultat : aucun sinistre. Son profil est propre. Il demande une explication détaillée de la hausse. Son courtier reste évasif : “la compagnie a revu ses tarifs sur le 93”.

Karim décide de comparer. Il demande trois devis à d’autres courtiers, en fournissant exactement les mêmes informations. Les résultats sont sans appel : le premier devis est à 3 100 euros, le deuxième à 2 800 euros, le troisième à 2 650 euros. Des écarts considérables avec les 4 100 euros de son contrat actuel.

Karim choisit le devis à 2 800 euros, chez un courtier qui lui a donné des explications claires sur la couverture, les franchises et les conditions. Il résilie son ancien contrat via la loi Hamon (son contrat a plus d’un an), et son nouveau courtier se charge des formalités. La transition se fait sans interruption de couverture.

Bilan : Karim économise 1 300 euros par an, soit 6 500 euros sur cinq ans. Pour une heure passée à comparer des devis.

L’enseignement de cette histoire est simple : ne jamais accepter une augmentation sans comparer. Le temps investi dans la comparaison est l’un des meilleurs retours sur investissement que vous pouvez obtenir en tant qu’artisan.

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Les erreurs à éviter face à une augmentation

Certains réflexes, pourtant compréhensibles, peuvent vous coûter cher. Voici les erreurs les plus fréquentes.

Erreur n°1 : Ne rien faire

C’est l’erreur la plus courante et la plus coûteuse. Vous recevez l’avis d’échéance, vous trouvez le montant élevé, mais vous payez quand même parce que vous n’avez pas le temps de chercher ailleurs, parce que vous ne savez pas comment faire, ou parce que vous pensez que c’est pareil partout. Ce n’est pas pareil partout. Les écarts de tarif entre courtiers pour un même profil peuvent atteindre 30 à 50 %. Ne rien faire, c’est accepter de payer le prix fort sans même vérifier.

Erreur n°2 : Résilier sans avoir souscrit ailleurs

Sous le coup de la colère face à une augmentation jugée abusive, certains artisans résilient leur contrat avant d’avoir trouvé un nouvel assureur. C’est extrêmement dangereux. Sans assurance décennale, vous ne pouvez pas exercer légalement. Vous risquez 75 000 euros d’amende et six mois d’emprisonnement. Et si un sinistre survient sur un chantier non couvert, vous en assumerez l’intégralité du coût sur vos fonds propres. La règle est simple : ne résiliez jamais avant d’avoir la confirmation écrite de votre nouveau contrat.

Erreur n°3 : Choisir uniquement sur le prix

Le tarif est un critère important, mais ce n’est pas le seul. Un contrat à 1 800 euros avec une franchise de 5 000 euros et des exclusions sur la sous-traitance n’est pas une bonne affaire si votre activité implique de la sous-traitance régulière. Comparez les garanties, les franchises, les plafonds et les exclusions. Le contrat le moins cher n’est pas toujours le plus protecteur.

Erreur n°4 : Mentir sur votre profil

Face à des tarifs élevés, la tentation existe de sous-déclarer son chiffre d’affaires, d’omettre une activité à risque, ou de “oublier” un sinistre passé. C’est une très mauvaise idée. En cas de sinistre, l’assureur vérifiera votre déclaration. Toute fausse déclaration peut entraîner la nullité du contrat (vous n’êtes plus couvert rétroactivement) ou l’application de la règle proportionnelle (votre indemnisation est réduite proportionnellement à l’écart entre la prime payée et la prime qui aurait dû être payée). Le jeu n’en vaut pas la chandelle.

Erreur n°5 : Attendre le dernier moment

Si votre échéance est dans deux semaines, votre marge de manoeuvre est réduite. Les démarches de comparaison, de souscription et de résiliation prennent du temps. Idéalement, commencez à comparer deux à trois mois avant votre date d’échéance. Cela vous laisse le temps de faire les choses correctement, sans précipitation.

Peut-on contester une augmentation abusive ?

La notion d’augmentation “abusive” n’existe pas juridiquement en assurance. Votre assureur est libre de fixer le tarif qu’il souhaite au moment du renouvellement, à condition de vous en informer dans les délais prévus. Vous ne pouvez pas forcer un assureur à maintenir son ancien tarif.

En revanche, si l’augmentation est supérieure au seuil prévu dans vos conditions particulières (certains contrats prévoient un droit de résiliation en cas de hausse supérieure à un pourcentage donné), vous disposez d’un droit de résiliation spécifique, généralement dans les trente jours suivant la notification. Lisez attentivement vos conditions particulières pour vérifier si cette clause existe.

Si votre assureur augmente votre tarif et que vous ne résiliez pas dans les délais, vous êtes réputé avoir accepté le nouveau tarif. C’est pourquoi il est essentiel de réagir rapidement dès réception de l’avis d’échéance.

En cas de litige (refus de fournir le relevé d’informations, non-respect des délais de préavis, résiliation abusive de la part de l’assureur), vous pouvez saisir le Médiateur de l’Assurance. Cette démarche est gratuite et peut aboutir à une solution amiable. Mais elle ne vous permettra pas de contester le montant de la prime en lui-même, seulement les conditions dans lesquelles l’augmentation a été appliquée.

Tableau comparatif : évolution des tarifs moyens 2023-2026

Pour vous donner un ordre de grandeur, voici les fourchettes de tarifs constatées sur le marché pour les métiers les plus courants, sur un CA de 200 000 euros, sans sinistre, avec plus de trois ans d’expérience.

MétierTarif moyen 2023Tarif moyen 2026Hausse estimée
Maçonnerie2 000 - 2 800 euros2 600 - 3 800 euros+25 à +35 %
Couverture2 200 - 3 200 euros3 000 - 4 500 euros+30 à +40 %
Plomberie-chauffage1 400 - 2 000 euros1 800 - 2 600 euros+20 à +30 %
Électricité1 000 - 1 500 euros1 200 - 1 900 euros+15 à +25 %
Peinture900 - 1 300 euros1 100 - 1 700 euros+15 à +25 %
Menuiserie extérieure1 600 - 2 400 euros2 100 - 3 200 euros+25 à +35 %
Carrelage1 000 - 1 500 euros1 300 - 2 000 euros+20 à +30 %
Charpente2 400 - 3 500 euros3 200 - 4 800 euros+30 à +40 %

Ces chiffres sont indicatifs et varient selon les assureurs, les zones géographiques et les profils individuels. Ils montrent néanmoins la tendance générale : une hausse marquée sur l’ensemble des métiers, avec une amplitude plus forte sur le gros oeuvre.

Si votre tarif actuel se situe dans le haut de la fourchette 2026, ou au-delà, il est probable que vous pouvez trouver mieux. Si votre tarif est dans le bas de la fourchette, vous êtes déjà bien placé.

Les astuces pour payer moins cher en 2026

Au-delà de la comparaison (qui reste le levier le plus efficace), voici quelques stratégies supplémentaires pour contenir le coût de votre décennale.

Regroupez vos contrats

Certains courtiers proposent des tarifs préférentiels si vous souscrivez plusieurs contrats chez eux : décennale + RC professionnelle + multirisque + véhicules. Le regroupement peut générer une réduction de 5 à 15 % sur l’ensemble. Ce n’est pas toujours la meilleure stratégie (parfois, il vaut mieux prendre chaque contrat chez le meilleur spécialiste), mais cela vaut la peine de se renseigner.

Augmentez votre franchise

La franchise est le montant qui reste à votre charge en cas de sinistre. En acceptant une franchise plus élevée (par exemple 3 000 euros au lieu de 1 500 euros), vous pouvez faire baisser votre prime de 10 à 20 %. C’est un pari sur le fait que vous n’aurez pas de sinistre, ou que vous êtes capable d’absorber un sinistre mineur sans aide de l’assureur. Si votre trésorerie le permet et que votre historique est propre, cette option peut être judicieuse.

Privilégiez le paiement annuel

La plupart des assureurs proposent un paiement mensuel ou trimestriel, mais avec des frais de fractionnement. Payer en une seule fois en début d’année vous évite ces frais, qui peuvent représenter 5 à 8 % du montant total. Si votre trésorerie le permet, le paiement annuel est toujours plus avantageux.

Déclarez votre CA au plus juste

Comme mentionné plus haut, le chiffre d’affaires est l’un des principaux critères de tarification. Déclarez votre CA réel, ni plus, ni moins. Si votre activité a baissé par rapport à l’année précédente, faites-le savoir à votre assureur pour obtenir un recalcul.

Mettez en avant vos qualifications

Les diplômes, les certifications (Qualibat, RGE, NF Habitat) et l’ancienneté professionnelle sont des éléments rassurants pour les assureurs. Si vous avez obtenu une nouvelle qualification, communiquez-la. Cela peut faire baisser votre tarif de 5 à 10 %.

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Questions fréquentes

Mon assureur peut-il augmenter ma prime sans me prévenir ?

Non. Votre assureur est tenu de vous informer du nouveau montant de la prime avant la date d’échéance de votre contrat, via l’envoi d’un avis d’échéance. Ce document doit mentionner clairement le montant à payer et la date limite de paiement. Si vous n’avez pas reçu cet avis dans les délais prévus par vos conditions générales (généralement un à deux mois avant l’échéance), vous pouvez contester le renouvellement. Conservez toujours vos avis d’échéance pour pouvoir comparer d’une année sur l’autre et réagir rapidement en cas de hausse significative.

De combien ma décennale peut-elle augmenter légalement ?

Il n’existe aucun plafond légal d’augmentation en assurance décennale. Votre assureur est libre de fixer le tarif qu’il souhaite lors du renouvellement. Une hausse de 5 % est courante, une hausse de 20 % est fréquente en 2026, et des hausses de 40 à 50 % existent sur certains profils. Votre seule protection est votre droit de résiliation : si le nouveau tarif ne vous convient pas, vous pouvez changer d’assureur. Vérifiez également si vos conditions particulières prévoient un droit de résiliation spécifique en cas de hausse au-delà d’un certain seuil.

Puis-je résilier immédiatement si ma prime augmente trop ?

Si votre contrat a plus d’un an, la loi Hamon vous permet de résilier à tout moment avec un préavis d’un mois, quelle que soit la raison. Vous n’avez pas besoin d’invoquer l’augmentation comme motif. Si votre contrat contient une clause de résiliation en cas de hausse de prime (vérifiez vos conditions particulières), vous disposez en plus d’un délai spécifique, généralement trente jours à compter de la notification de l’augmentation, pour résilier. Dans tous les cas, ne résiliez pas avant d’avoir souscrit un nouveau contrat pour éviter toute interruption de couverture.

Est-ce que changer d’assureur va me coûter plus cher la première année ?

Pas nécessairement. Si votre profil est sain (pas de sinistre, expérience suffisante, CA stable), vous pouvez obtenir un tarif inférieur à celui de votre contrat actuel, même en première année chez un nouvel assureur. Les courtiers spécialisés proposent souvent des tarifs compétitifs pour attirer de nouveaux clients. En revanche, si vous avez un historique de sinistres, le nouvel assureur en tiendra compte dans son tarif. Le relevé d’informations sinistres est le document qui fait la différence : s’il est vierge, vous êtes en position de force.

Mon courtier me propose une baisse si je reste. Dois-je accepter ?

Cela dépend du montant de la baisse et de ce qu’il y a en face. Si votre courtier vous propose un tarif comparable à ce que vous avez obtenu ailleurs, rester peut être une option raisonnable, surtout si vous êtes satisfait du service. Mais posez-vous la question : pourquoi cette baisse n’a-t-elle pas été proposée avant que vous menaciez de partir ? Si votre courtier ne baisse ses prix qu’en réaction à votre départ, il est probable qu’il recommencera à augmenter dès l’année suivante. Le mieux est de comparer objectivement le tarif proposé avec les devis obtenus ailleurs, en prenant en compte les garanties, les franchises et la qualité du service.

L’augmentation de la décennale est-elle déductible fiscalement ?

Oui, comme toute charge d’exploitation, la prime d’assurance décennale est intégralement déductible de votre résultat imposable, quel que soit votre statut (micro-entreprise avec abattement forfaitaire, ou régime réel). Si vous êtes au régime réel (EIRL, SARL, SASU, SAS), la prime vient en déduction directe de votre bénéfice. Si vous êtes en micro-entreprise, vous ne pouvez pas déduire la prime individuellement, mais elle est couverte par l’abattement forfaitaire appliqué à votre chiffre d’affaires. Dans tous les cas, l’augmentation de la prime ne change pas le principe de déductibilité, mais elle réduit votre résultat net.

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