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Décennale bornes IRVE : guide 2026

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Décennale bornes IRVE : guide 2026

Stéphane est électricien installateur de bornes de recharge dans l’agglomération de Lyon. En septembre 2024, il installe une borne murale de 22 kW dans le garage d’une maison individuelle à Villeurbanne. Il tire un câble depuis le tableau électrique principal, pose un disjoncteur dédié de 32 A, installe un différentiel de type B adapté aux courants de fuite continus générés par les chargeurs embarqués des véhicules électriques, raccorde la borne au réseau de terre existant, et fixe la borne au mur du garage. Chantier livré en une journée, client satisfait, premier rechargement immédiat. Dix-huit mois plus tard, en mars 2026, le client rappelle Stéphane. Une odeur de brulé se dégage du tableau électrique à chaque session de charge. L’expert constate que le câble d’alimentation de la borne est sous-dimensionné. Stéphane a utilisé du 4 mm2 au lieu du 6 mm2 requis pour une borne 22 kW sur un circuit de 32 A. Le câble surchauffe à chaque charge longue, l’isolant se dégrade progressivement, et un point chaud se forme au niveau du bornier du disjoncteur. Le plastique autour du bornier a commencé à fondre. L’expert chiffre les dommages à 8 500 euros : remplacement du tableau électrique partiellement endommagé, remplacement intégral du câble d’alimentation en section adaptée, vérification et reprise de l’ensemble du circuit dédié, remise en conformité Consuel. Stéphane avait sa décennale couvrant l’activité IRVE. Son assureur a pris en charge l’intégralité des travaux de reprise, sous déduction de la franchise. Sans cette couverture, Stéphane aurait dû régler de sa poche un montant supérieur au chantier qu’il avait facturé 2 800 euros. Et si l’échauffement avait provoqué un départ de feu, la facture aurait pu dépasser les 100 000 euros.

Ce guide est écrit pour les installateurs de bornes de recharge pour véhicules électriques : électriciens qui ajoutent l’activité IRVE à leur métier, entreprises spécialisées en solutions de recharge, installateurs photovoltaiques qui proposent la borne en complément de l’autoconsommation solaire, entreprises généralistes en électricité du bâtiment. Tout ce que vous devez savoir sur la décennale IRVE en 2026 : ce qu’est l’infrastructure de recharge pour véhicule électrique, obligation de décennale selon le type d’installation, qualification IRVE (P1, P2, P3) et lien avec l’assurance, sinistres fréquents, prix selon votre profil, un marché en pleine croissance, l’histoire complète de Stéphane, et les réponses aux questions les plus fréquentes.

Installation d'une borne de recharge IRVE sur un mur de garage

L’IRVE, c’est quoi exactement ?

IRVE signifie Infrastructure de Recharge pour Véhicule Electrique. Le terme désigne l’ensemble des équipements nécessaires pour recharger un véhicule électrique ou hybride rechargeable : la borne de recharge elle-même (aussi appelée wallbox pour les modèles muraux résidentiels), le circuit électrique dédié qui l’alimente, les protections associées (disjoncteur, différentiel), le câble de raccordement au tableau électrique, et dans certains cas le raccordement au réseau public d’électricité.

Le terme IRVE couvre un spectre large d’installations, depuis la simple prise renforcée domestique jusqu’aux stations de recharge rapide en courant continu installées sur les aires d’autoroute. Pour les installateurs, cette diversité se traduit par des niveaux de complexité technique très différents, et donc par des niveaux de risque distincts aux yeux des assureurs.

Les différents types de bornes

La prise renforcée (type Green’Up) est le premier niveau. Elle délivre une puissance de 3,7 kW et permet de recharger un véhicule en 8 à 12 heures. Son installation est relativement simple : un circuit dédié depuis le tableau électrique, un disjoncteur, un différentiel adapté, et la pose de la prise elle-même. C’est un travail d’électricien classique.

La borne murale monophasée (7,4 kW) est le modèle le plus répandu en résidentiel individuel. Elle réduit le temps de charge à 4 à 6 heures. L’installation nécessite un circuit dédié en section adaptée, un disjoncteur de 32 A ou 40 A, un différentiel de type A ou de type B selon le modèle de borne, et la fixation murale de l’équipement. Le raccordement peut nécessiter un passage de câble en apparent ou en encastré sur plusieurs mètres.

La borne murale triphasée (11 kW ou 22 kW) est le haut de gamme résidentiel et le standard en copropriété ou en entreprise. Elle nécessite un abonnement triphasé, un câble d’alimentation en section conséquente (6 mm2 minimum pour du 22 kW, 10 mm2 sur les longueurs importantes), et des protections adaptées. L’installation est plus complexe et implique souvent une intervention sur le tableau électrique principal.

Les bornes collectives en copropriété représentent un segment en forte croissance. Elles nécessitent la pose d’une infrastructure partagée : colonne électrique dédiée dans les parkings souterrains ou en surface, tableau de distribution avec comptage individuel, bornes individuelles raccordées à l’infrastructure commune, et système de gestion de la recharge (pilotage énergétique, répartition dynamique de la puissance). Ce sont des chantiers techniques qui combinent électricité courants forts, câblage structuré et parfois travaux de génie civil (tranchées, chemins de câbles).

Les stations de recharge rapide (50 kW à 350 kW en courant continu) relèvent d’un autre niveau de complexité. Elles nécessitent un raccordement direct au réseau moyenne tension, un transformateur dédié, et des équipements de puissance. Ces installations sont généralement réalisées par des entreprises spécialisées disposant de compétences en haute tension.

Le cadre réglementaire

Le décret n° 2017-26 du 12 janvier 2017 (modifié) encadre l’installation des bornes de recharge. Depuis le 1er janvier 2018, l’installation de toute borne de recharge de puissance supérieure à 3,7 kW doit être réalisée par un électricien titulaire d’une qualification IRVE délivrée par un organisme accrédité (Qualifelec ou AFNOR Certification). En dessous de 3,7 kW (prise renforcée), la qualification IRVE n’est pas obligatoire mais reste fortement recommandée.

Cette obligation réglementaire a une conséquence directe sur l’assurance. Un installateur qui pose une borne de plus de 3,7 kW sans qualification IRVE est en infraction. En cas de sinistre, cette non-conformité peut être invoquée par l’assureur pour contester la prise en charge. La qualification IRVE n’est pas un label commercial : c’est une obligation légale.

Les normes applicables sont la NF C 15-100 pour l’installation électrique basse tension, la NF C 14-100 pour le raccordement au réseau, et le guide UTE C 15-722 spécifique aux installations de recharge pour véhicules électriques. Ce guide détaille les règles de dimensionnement des circuits, le choix des protections, les distances de sécurité et les conditions de ventilation des locaux.

L’obligation de décennale pour les installateurs IRVE

La question revient systématiquement chez les installateurs de bornes de recharge : la décennale est-elle vraiment obligatoire pour poser une borne ? La réponse est oui dans la grande majorité des cas. Voici pourquoi.

Le principe : l’intégration au bâti et l’intervention sur l’ouvrage

L’article L241-1 du Code des assurances impose à tout professionnel dont la responsabilité décennale peut être engagée au titre des articles 1792 et suivants du Code civil de souscrire une assurance décennale avant l’ouverture de tout chantier. La responsabilité décennale s’applique aux travaux de construction et aux éléments d’équipement indissociables de l’ouvrage, c’est-à-dire les éléments qui ne peuvent pas être démontés sans détérioration de l’ouvrage lui-même.

Pour les bornes IRVE, le raisonnement est le suivant. La borne elle-même, en tant qu’équipement fixé au mur, pourrait être considérée comme un élément dissociable : on peut la démonter et la remplacer sans toucher à la structure du bâtiment. Mais l’installation d’une borne de recharge ne se limite pas à visser un boitier au mur. Elle implique une intervention sur le tableau électrique du bâtiment : ajout d’un disjoncteur, d’un différentiel, raccordement au jeu de barres, éventuellement ajout d’un module de délestage ou de pilotage énergétique. Elle implique le tirage d’un câble dédié, parfois en encastré dans les murs ou en passage de dalle. Elle implique le raccordement au réseau de terre du bâtiment.

Ces travaux constituent une intervention sur l’installation électrique de l’ouvrage. L’installation électrique est un élément constitutif du bâtiment. Un défaut dans le raccordement de la borne au tableau électrique peut provoquer un incendie, une surcharge du réseau, un défaut de mise à la terre qui met en danger les occupants. Ce sont des désordres qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou qui le rendent impropre à sa destination. Ce sont précisément les critères d’application de la garantie décennale tels que définis par la loi Spinetta de 1978.

L’analyse juridique selon le type d’installation

En résidentiel individuel, l’installation d’une borne de recharge implique systématiquement une intervention sur le tableau électrique. Vous ajoutez un circuit dédié, vous raccordez au réseau de terre, vous modifiez éventuellement le calibre du disjoncteur d’abonné. Ce sont des travaux sur l’installation électrique de l’ouvrage. La décennale s’applique.

En copropriété, l’intervention est encore plus lourde. Vous créez une infrastructure électrique nouvelle : colonne de distribution, tableau secondaire, chemins de câbles. Vous intervenez sur les parties communes de l’immeuble. Vous réalisez parfois des percements de dalles, des passages de gaines dans les structures. Ce sont des travaux de construction à part entière. La décennale s’applique sans aucun doute.

En entreprise ou en parking public, l’installation de bornes de recharge est un projet d’électricité du bâtiment. Les puissances en jeu sont plus importantes, les infrastructures plus conséquentes, et l’intervention sur le réseau électrique du bâtiment est significative. La décennale s’applique.

Le seul cas ou la décennale pourrait ne pas s’appliquer serait celui d’une borne de recharge portable, simplement branchée sur une prise existante, sans aucune intervention sur l’installation électrique du bâtiment. Ce cas est marginal et ne concerne pas les installateurs professionnels.

La jurisprudence et la position des assureurs

La jurisprudence sur les bornes IRVE est encore moins fournie que celle sur le photovoltaique, car le marché est plus récent. Cependant, les tribunaux ont déjà statué sur des sinistres liés à des installations électriques intégrées au bâtiment (prises, tableaux, circuits dédiés), et la position est constante : les travaux sur l’installation électrique d’un bâtiment relèvent de la garantie décennale lorsque le défaut compromet la solidité ou la destination de l’ouvrage.

Les assureurs, de leur coté, ont intégré l’activité IRVE dans leurs contrats décennale pour électriciens. En 2026, la quasi-totalité des compagnies proposent une couverture spécifique “installation de bornes de recharge pour véhicules électriques” dans leurs contrats décennale. Le fait que les assureurs aient créé cette garantie spécifique confirme leur analyse : l’activité IRVE relève bien du champ de la garantie décennale.

Les sanctions en cas de défaut d’assurance

Les sanctions sont identiques à celles applicables à tous les métiers du BTP : jusqu’à 75 000 euros d’amende et six mois d’emprisonnement (article L243-3 du Code des assurances). En pratique, le risque le plus immédiat est financier. Un sinistre sur une installation IRVE peut couter entre 5 000 et 50 000 euros selon la gravité, et les cas les plus graves (incendie) dépassent largement ces montants. Sans décennale, vous assumez seul l’intégralité de ces dommages.

L’obligation s’applique quel que soit votre statut juridique. Micro-entrepreneur, entreprise individuelle, SARL, SASU, SAS : pas d’exception. Elle s’applique aussi lorsque vous intervenez en tant que sous-traitant d’un installateur principal ou d’un promoteur immobilier. Votre propre contrat décennale doit couvrir l’activité IRVE.

Autre conséquence directe : sans attestation de décennale valide couvrant l’activité IRVE, vous perdez des marchés. Les syndics de copropriété, les gestionnaires de flottes d’entreprises et les collectivités exigent systématiquement l’attestation avant de vous confier un chantier. Les particuliers informés aussi. Et pour accéder à certaines aides (prime Advenir par exemple), le client doit faire appel à un installateur qualifié IRVE, qualification qui suppose elle-même une décennale en cours de validité.

Pour une vue complète de l’obligation légale, consultez notre guide sur l’assurance décennale obligatoire.

Qualification IRVE (P1, P2, P3) et lien avec l’assurance

La qualification IRVE est structurée en trois niveaux, correspondant à des types d’installations de complexité croissante. Chaque niveau conditionne les installations que vous pouvez réaliser, et les assureurs en tiennent compte dans leurs conditions de souscription.

IRVE P1 : bornes de recharge jusqu’à 22 kW sans configuration spécifique

La qualification P1 autorise l’installation de bornes de recharge en courant alternatif jusqu’à 22 kW, sans configuration spécifique pour la communication ou la supervision. Ce sont les installations résidentielles individuelles classiques : borne murale dans un garage ou un carport, circuit dédié depuis le tableau électrique, protections adaptées.

Pour obtenir la qualification P1, l’électricien doit suivre une formation de deux jours (14 heures) dispensée par un organisme agréé. La formation couvre les spécificités des véhicules électriques, les normes applicables (NF C 15-100, guide UTE C 15-722), le dimensionnement des circuits, le choix des protections, et les règles de sécurité propres à la recharge. A l’issue de la formation, l’électricien passe un examen et reçoit une qualification valable quatre ans, renouvelable.

La qualification P1 est le niveau d’entrée. Elle correspond au marché le plus large en volume : le résidentiel individuel. Pour les assureurs, c’est le profil de risque le plus courant et le mieux maitrisé. Un électricien qualifié P1 avec de l’expérience et un historique sans sinistre obtiendra des conditions de souscription favorables.

IRVE P2 : bornes jusqu’à 22 kW avec configuration et communication

La qualification P2 autorise l’installation de bornes de recharge en courant alternatif jusqu’à 22 kW avec configuration pour la communication et la supervision. Ce sont les installations en copropriété, en entreprise ou sur des parkings publics, ou les bornes doivent communiquer avec un système de gestion central (pilotage de la recharge, répartition dynamique de la puissance, comptage individuel, paiement par badge ou application).

La qualification P2 nécessite une formation complémentaire de deux jours (14 heures) en plus de la P1. Elle couvre les protocoles de communication des bornes (OCPP, ISO 15118), la configuration des systèmes de gestion, le paramétrage du pilotage énergétique, et les règles spécifiques aux installations collectives (infrastructure de recharge en copropriété, respect du droit à la prise).

Le profil P2 est plus exigeant techniquement. Les chantiers sont plus complexes (infrastructure collective, passage de câbles en parking, tableaux de distribution) et les montants plus élevés. Pour les assureurs, le risque est plus important en raison de la taille des installations et de la multiplicité des points de raccordement. Les conditions de souscription reflètent cette différence : primes légèrement plus élevées que pour un profil P1 seul.

IRVE P3 : bornes de recharge rapide en courant continu (DC)

La qualification P3 autorise l’installation de bornes de recharge rapide en courant continu, de 50 kW à plus de 350 kW. Ce sont les stations de recharge rapide que l’on trouve sur les aires d’autoroute, les stations-service, les centres commerciaux et les hubs de recharge urbains.

La qualification P3 nécessite une formation spécifique de trois jours (21 heures) en plus de la P1. Elle couvre les spécificités du courant continu haute puissance, les raccordements au réseau moyenne tension, les transformateurs, les systèmes de refroidissement des câbles, et les normes de sécurité applicables aux installations de puissance.

Les installations P3 représentent les chantiers les plus conséquents en IRVE. Les montants dépassent souvent 50 000 euros par station, et les sinistres potentiels sont à la mesure des puissances en jeu. Les assureurs traitent les profils P3 avec une attention particulière. Ils exigent généralement une expérience significative en électricité de puissance, des références de chantiers similaires, et la qualification P3 active au moment de la souscription. Les primes sont plus élevées que pour les profils P1 et P2.

Le lien direct entre qualification et assurance

Le lien fonctionne dans les deux sens. D’une part, les assureurs exigent la qualification IRVE comme condition de souscription pour couvrir l’activité de pose de bornes de recharge. Un électricien sans qualification IRVE qui souhaite ajouter cette activité à son contrat décennale se verra demander la preuve de sa qualification. Si la qualification est suspendue ou échue, la couverture de l’activité IRVE peut être suspendue par l’assureur.

D’autre part, les organismes de qualification (Qualifelec, AFNOR Certification) vérifient que l’installateur dispose d’une assurance décennale couvrant l’activité IRVE au moment de la délivrance et du renouvellement de la qualification. Le lien est circulaire, comme pour le photovoltaique et QualiPV : la qualification exige la décennale, et la décennale exige la qualification.

En pratique, le niveau de qualification influence directement les conditions d’assurance. Un installateur qualifié P1 uniquement paiera moins cher qu’un installateur qualifié P1+P2+P3, car son périmètre de risque est plus restreint. Mais un installateur qualifié P2 qui réalise un chantier de copropriété sans que la qualification P2 figure sur son attestation de décennale s’expose à un refus de prise en charge en cas de sinistre.

La règle est la même que pour tous les métiers du BTP : chaque activité exercée doit figurer explicitement sur votre contrat et sur votre attestation de décennale. Si vous êtes qualifié P1 et P2, vérifiez que votre contrat couvre bien les deux niveaux d’installation.

Les formations continues et leur rôle

Au-delà de la qualification initiale, les installateurs IRVE doivent se maintenir à niveau. La technologie évolue rapidement : nouvelles normes, nouveaux protocoles de communication, nouvelles puissances de charge, nouveaux types de connecteurs. Les organismes de qualification exigent un renouvellement tous les quatre ans, avec une mise à jour des compétences.

Les assureurs regardent favorablement les installateurs qui investissent dans la formation continue. Un installateur qui suit régulièrement des formations de mise à jour, qui se tient informé des évolutions normatives, et qui peut justifier de chantiers conformes aux dernières normes en vigueur est un profil à risque maitrisé. Sa prime reflète cette discipline professionnelle.

Les sinistres fréquents sur les installations IRVE

Les bornes de recharge manipulent des puissances importantes. Une borne de 22 kW délivre 32 A en triphasé de manière continue pendant des heures. Les composants électriques sont sollicités à leur capacité nominale sur des durées longues. Les risques sont principalement d’ordre électrique, mais les conséquences peuvent toucher l’ensemble du bâtiment. Voici les sinistres les plus fréquents constatés par les assureurs.

L’incendie d’origine électrique

C’est le sinistre le plus redouté et le plus couteux. L’incendie sur une installation IRVE peut avoir plusieurs origines.

Le sous-dimensionnement du câble d’alimentation est une cause classique. Le câble chauffe à chaque session de charge, l’isolant se dégrade progressivement, et un point chaud se forme au niveau d’une connexion ou d’un passage contraint. Si le câble est posé dans une gaine encastrée dans un mur isolé, la chaleur ne se dissipe pas et le risque d’inflammation augmente. C’est précisément ce qui est arrivé à Stéphane.

Un connecteur mal serti ou un bornier mal serré provoque une résistance de contact. Cette résistance génère un échauffement localisé qui peut atteindre plusieurs centaines de degrés. Au niveau du tableau électrique, ou les matériaux environnants (plastique du coffret, gaines PVC) sont inflammables, un bornier mal serré peut déclencher un départ de feu.

Un différentiel inadapté est une cause de sinistre plus insidieuse. Les chargeurs embarqués des véhicules électriques génèrent des courants de fuite continus (courants de défaut DC). Un différentiel de type AC classique ne détecte pas ces courants. Un différentiel de type A peut les détecter partiellement. Seul un différentiel de type B (ou un différentiel de type A associé à un dispositif de détection DC intégré à la borne) assure une protection complète. Si le différentiel est inadapté, un défaut d’isolement peut persister sans déclencher la protection, ce qui maintient un courant de fuite dangereux capable de provoquer un échauffement, un arc électrique, voire un incendie.

Les incendies liés aux installations IRVE sont particulièrement dangereux lorsque la borne est installée dans un garage attenant au logement. Le feu peut se propager du garage à la maison en quelques minutes. Les montants des sinistres varient de 15 000 euros pour un incendie limité au tableau électrique à plus de 200 000 euros pour un incendie qui se propage au bâtiment. Dans les parkings souterrains de copropriété, les conséquences d’un incendie peuvent être catastrophiques : propagation à d’autres véhicules, dégagements de fumées toxiques, dommages structurels au bâtiment.

La surcharge du tableau électrique

Ce sinistre se produit lorsque l’installateur n’a pas correctement évalué la capacité du tableau électrique existant avant de raccorder la borne. Le tableau électrique d’un logement est dimensionné pour une puissance donnée. L’ajout d’une borne de 7,4 kW (monophasée) ou de 22 kW (triphasée) représente une charge supplémentaire significative. Si le tableau est déjà proche de sa capacité maximale, l’ajout de la borne peut provoquer des déclenchements intempestifs du disjoncteur d’abonné, un échauffement des jeux de barres, ou une surcharge des conducteurs existants.

Les conséquences d’une surcharge chronique sont progressives et dangereuses. Les connexions se desserrent sous l’effet des cycles thermiques (dilatation/contraction des conducteurs à chaque montée en charge), les isolants se dégradent, et un point faible finit par apparaitre. Le sinistre peut mettre des mois à se manifester, bien après la réception des travaux.

L’installateur compétent réalise un bilan de puissance avant chaque installation. Il vérifie la capacité du disjoncteur d’abonné, l’état du tableau électrique, la section des conducteurs d’alimentation, et la puissance des circuits existants. Si le tableau ne peut pas supporter la charge supplémentaire, il doit soit installer un système de délestage, soit recommander une mise à niveau du tableau, soit proposer une borne de puissance inférieure. Un installateur qui raccorde une borne de 22 kW sur un tableau vétuste sans bilan de puissance préalable s’expose à un sinistre quasi certain.

Cout moyen des sinistres liés à la surcharge du tableau : 3 000 à 12 000 euros, en fonction de l’étendue des dégâts (remplacement du tableau, reprise du câblage, remplacement de composants endommagés).

Le défaut de mise à la terre

La mise à la terre est la protection fondamentale contre l’électrisation et l’électrocution. En cas de défaut d’isolement sur la borne ou sur le câble de charge, le courant de défaut doit s’écouler vers la terre via le conducteur de protection (PE), ce qui provoque le déclenchement du différentiel et la mise hors tension du circuit.

Si la mise à la terre est défectueuse (résistance de terre trop élevée, conducteur de protection mal raccordé, borne de terre absente ou corrodée), le courant de défaut ne s’écoule pas correctement. Le différentiel peut ne pas déclencher, ou déclencher avec un retard suffisant pour provoquer une électrisation. Le risque est d’autant plus grave que l’utilisateur manipule le câble de charge les pieds au sol, souvent dans un environnement humide (garage, parking extérieur, carport).

Les sinistres liés au défaut de mise à la terre sont rares en nombre mais graves en conséquences. Une électrisation par une borne de recharge défectueuse peut entrainer des blessures corporelles, voire un décès dans les cas les plus graves. La responsabilité de l’installateur est alors engagée au titre de la décennale (défaut rendant l’ouvrage dangereux, donc impropre à sa destination) et au titre de la responsabilité civile (dommage corporel à un tiers).

L’installateur doit vérifier la qualité de la terre existante avant de raccorder la borne. Si la résistance de terre dépasse les seuils réglementaires (généralement 100 ohms pour une installation domestique, moins pour les installations collectives), il doit soit améliorer la terre existante (ajout de piquets de terre), soit en créer une nouvelle dédiée à la borne. C’est une étape que certains installateurs négligent, en supposant que la terre existante est suffisante. Cette supposition peut couter très cher.

Les dégâts sur le véhicule

Ce type de sinistre est spécifique à l’IRVE et ne se retrouve pas dans les autres métiers de l’électricité du bâtiment. Un défaut de l’installation de recharge peut endommager le véhicule électrique du client.

Les causes les plus fréquentes sont les surtensions transitoires sur le circuit de recharge (absence de parafoudre ou parafoudre mal dimensionné), les micro-coupures répétées qui perturbent le chargeur embarqué du véhicule, et les défauts de configuration de la borne qui envoient une puissance inadaptée au véhicule.

Les véhicules électriques embarquent des batteries dont le cout de remplacement se chiffre en milliers, voire en dizaines de milliers d’euros. Un chargeur embarqué endommagé coute entre 1 500 et 5 000 euros à remplacer. Une batterie de traction endommagée par des charges défectueuses répétées peut couter entre 8 000 et 25 000 euros selon le modèle du véhicule.

La question de la couverture est nuancée. Si le dommage au véhicule résulte d’un défaut de l’installation (vice de mise en oeuvre, défaut de raccordement, absence de protection), la responsabilité de l’installateur est engagée. La décennale couvre les dommages à l’ouvrage (l’installation électrique du bâtiment), mais les dommages au véhicule relèvent davantage de la RC Pro, car le véhicule est un bien du client, pas un élément de l’ouvrage. C’est la raison pour laquelle les installateurs IRVE doivent impérativement disposer d’une RC Pro adaptée, en plus de leur décennale.

Prix de la décennale IRVE selon votre profil

Le cout de l’assurance décennale pour un installateur de bornes de recharge dépend de plusieurs critères. L’IRVE est classée par les assureurs dans la catégorie des travaux d’électricité, mais avec des spécificités propres (puissances élevées, risque incendie, risque véhicule). Les primes sont comparables à celles d’un électricien, avec une majoration modérée liée à l’activité IRVE. Voici les fourchettes constatées en 2026.

ProfilCA annuelExpériencePrix annuel estimé
Micro-entrepreneur (IRVE résidentiel P1)< 30 000 euros3-5 ans1 800 - 2 800 euros
Micro-entrepreneur confirmé (P1+P2)30 000 - 77 700 euros> 5 ans2 200 - 3 500 euros
Installateur individuel (P1+P2)80 000 - 200 000 euros> 5 ans2 800 - 4 500 euros
Entreprise (1-3 salariés, P1+P2)200 000 - 500 000 euros> 5 ans4 000 - 6 000 euros
Entreprise (4+ salariés, P1+P2+P3)> 500 000 euros> 10 ans5 500 - 8 500 euros
Electricien ajoutant l’IRVE à son contratVariable> 3 ans électricitéSurprime de 10 à 25 % sur contrat électricien

Ces prix sont indicatifs et correspondent aux tarifs moyens constatés en 2026. Le montant réel dépend de votre historique de sinistralité, de votre zone géographique, de vos activités déclarées, de vos qualifications et de l’assureur choisi.

Les facteurs qui influencent le prix

Le chiffre d’affaires est le premier critère de calcul. La prime est calculée en pourcentage du CA déclaré sur l’activité IRVE, avec un plancher minimum. Un installateur qui réalise 50 chantiers résidentiels par an présente un risque statistique plus élevé qu’un installateur qui en réalise 10, simplement parce que chaque chantier est une occasion de sinistre.

L’expérience professionnelle est déterminante. Un électricien avec 10 ans de métier et 4 ans d’activité IRVE sans sinistre obtiendra des tarifs nettement plus favorables qu’un profil récent avec le minimum d’expérience requis. Chaque année sans sinistre améliore votre profil de risque aux yeux de l’assureur.

Le niveau de qualification IRVE joue un rôle important. Un installateur qualifié P1 uniquement, qui ne fait que du résidentiel individuel, présente un profil de risque différent d’un installateur P1+P2+P3 qui intervient sur des infrastructures collectives et des stations de recharge rapide. Plus votre périmètre de qualification est large, plus votre prime est élevée, car le périmètre de risque couvert est plus étendu.

L’historique de sinistralité pèse lourd. Un sinistre déclaré au cours des cinq dernières années, en particulier un sinistre d’incendie ou de surcharge, entraine une majoration significative de la prime. A l’inverse, un bonus sans sinistre peut réduire votre cotisation de 10 à 20 % après quelques années.

Les activités complémentaires influencent le prix. Si votre contrat couvre aussi l’électricité générale, le photovoltaique, la domotique ou la climatisation, chaque activité supplémentaire élargit le périmètre de risque et augmente la prime. Pour les installateurs qui combinent photovoltaique et IRVE, l’ajout des deux activités représente un surcout cumulé, mais la mutualisation sur un seul contrat est souvent plus avantageuse que deux contrats séparés.

La zone géographique peut avoir un impact. Les zones à forte concentration d’installations IRVE (grandes métropoles, régions à fort taux d’adoption du véhicule électrique) présentent un volume de sinistres plus important, ce qui peut influencer la tarification.

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Un marché en pleine croissance : le contexte 2026

Le marché de l’installation de bornes de recharge connait une croissance exceptionnelle depuis 2020, et les projections pour les années à venir confirment cette tendance. Pour les installateurs, c’est une opportunité majeure. Pour les assureurs, c’est un marché à surveiller de près. Pour vous, installateur ou futur installateur IRVE, c’est le moment de structurer votre activité et votre couverture d’assurance.

Les chiffres du marché

En France, le parc de véhicules électriques et hybrides rechargeables dépasse les 3 millions d’unités en 2026. Les immatriculations de véhicules 100 % électriques représentent plus de 30 % des ventes de véhicules neufs. L’interdiction de vente de véhicules thermiques neufs en 2035 dans l’Union européenne pousse les constructeurs à accélérer la transition, et les particuliers à s’équiper.

Coté infrastructure, la France compte plus de 200 000 points de recharge ouverts au public en 2026, et l’objectif national est d’atteindre 400 000 points d’ici 2030. Mais le marché de la recharge publique ne représente qu’une partie de la demande. Plus de 80 % des recharges se font à domicile ou sur le lieu de travail. C’est ce segment qui alimente la croissance du métier d’installateur IRVE.

La demande en résidentiel individuel

Chaque nouveau propriétaire de véhicule électrique est un client potentiel pour une borne de recharge à domicile. La prise domestique classique ne délivre que 2,3 kW : il faut plus de 20 heures pour recharger une batterie de 50 kWh. La borne murale, qui délivre 7,4 kW ou 11 kW, réduit ce temps à 5-7 heures. Pour les automobilistes qui roulent beaucoup, la borne à domicile n’est pas un confort : c’est une nécessité.

Le taux d’équipement en bornes domestiques reste inférieur à 50 % chez les propriétaires de véhicules électriques en maison individuelle. Le potentiel de marché est considérable. Et chaque vente de véhicule électrique génère un besoin d’installation. Les constructeurs automobiles, les concessionnaires et les énergéticiens orientent de plus en plus leurs clients vers des installateurs qualifiés IRVE.

La demande en copropriété

Le “droit à la prise”, inscrit dans la loi depuis 2014 et renforcé par la loi LOM de 2019, permet à tout résident d’une copropriété de demander l’installation d’une borne de recharge sur sa place de parking. Le syndic ne peut pas s’y opposer sans motif sérieux et légitime. En 2026, les demandes de droit à la prise explosent dans les copropriétés, et de plus en plus de syndics optent pour une infrastructure collective (colonne de distribution partagée) plutot que pour des installations individuelles.

Les chantiers en copropriété sont plus complexes, plus longs et plus rémunérateurs que les installations résidentielles individuelles. Ils nécessitent la qualification P2 et une décennale adaptée. Pour les installateurs qui se positionnent sur ce segment, le volume d’affaires peut croitre rapidement.

La demande en entreprise

Les entreprises installent des bornes de recharge pour leurs flottes de véhicules, pour les véhicules de leurs collaborateurs, et pour accueillir les clients qui se déplacent en véhicule électrique. La loi LOM impose aux entreprises disposant d’un parc de plus de 20 véhicules d’en intégrer une proportion croissante de véhicules à faibles émissions lors du renouvellement de la flotte. Cette obligation génère un besoin massif d’infrastructure de recharge sur les sites des entreprises.

Les aides financières

Plusieurs dispositifs d’aide stimulent la demande. Le programme Advenir subventionne l’installation de bornes en copropriété et en entreprise. Le crédit d’impot pour l’installation d’une borne à domicile (300 euros par point de charge) reste en vigueur en 2026. La TVA réduite à 5,5 % s’applique aux installations de bornes dans les logements de plus de deux ans.

Ces aides rendent l’installation plus accessible pour les clients, ce qui stimule la demande. Pour en bénéficier, les clients doivent faire appel à un installateur qualifié IRVE. C’est un levier commercial direct pour les installateurs qui disposent de la qualification et de la décennale.

Ce que cela signifie pour votre assurance

Un marché en croissance signifie plus de chantiers, plus de chiffre d’affaires, et statistiquement plus de sinistres. Les assureurs suivent l’évolution du marché IRVE avec attention. Pour l’instant, la sinistralité reste maitrisée car les installateurs qualifiés sont formés et les normes sont claires. Mais avec l’augmentation du nombre d’installations et l’arrivée sur le marché de nouveaux acteurs parfois insuffisamment formés, les assureurs anticipent une hausse des sinistres.

Pour vous, la conséquence est simple : structurez votre couverture d’assurance dès maintenant, pendant que les conditions de souscription sont favorables. Un installateur qui souscrit sa décennale IRVE en 2026 avec un bon dossier (qualification active, expérience, zéro sinistre) bénéficiera de tarifs compétitifs. Si la sinistralité du marché augmente dans les années à venir, les tarifs suivront. Mieux vaut être installé chez un assureur avec un bon historique que de devoir souscrire pour la première fois dans un marché tendu.

Etude de cas : la surchauffe du câble chez Stéphane

Reprenons l’histoire de Stéphane en détail. Elle illustre concrètement le déroulement d’un sinistre décennal sur une installation IRVE, de la réalisation du chantier jusqu’à l’indemnisation.

Le chantier initial

En septembre 2024, Stéphane est contacté par Monsieur Ducros pour installer une borne de recharge dans le garage de sa maison individuelle à Villeurbanne. Monsieur Ducros vient de prendre livraison d’un SUV électrique avec une batterie de 77 kWh et un chargeur embarqué acceptant jusqu’à 22 kW en courant alternatif triphasé. Il souhaite une borne de 22 kW pour profiter de la capacité maximale de charge de son véhicule et réduire le temps de recharge à environ 3h30.

Stéphane établit un devis : fourniture et pose d’une borne murale 22 kW triphasée, tirage du câble depuis le tableau électrique principal situé dans l’entrée jusqu’au garage (environ 12 mètres), pose d’un disjoncteur tétrapolaire 32 A et d’un différentiel 40 A type B dans le tableau principal, vérification du réseau de terre existant, mise en service et essais. Montant du devis : 2 800 euros TTC (borne comprise). Les travaux sont réalisés en une journée. Monsieur Ducros branche son véhicule le soir même, la charge se lance, tout fonctionne.

L’erreur de dimensionnement

Stéphane a commis une erreur sur la section du câble d’alimentation. Pour une borne de 22 kW sur un circuit triphasé de 32 A, la norme NF C 15-100 impose une section minimale de 6 mm2 en cuivre pour une longueur de câble jusqu’à 18 mètres environ (en fonction de la chute de tension admissible). Stéphane a utilisé du câble de 4 mm2, qu’il avait en stock et qui est la section standard pour un circuit de 20 A. La confusion vient du fait que Stéphane installe habituellement des bornes monophasées de 7,4 kW sur des circuits de 32 A en 6 mm2. Pour cette première installation en 22 kW triphasé, il a sous-estimé le courant par phase et utilisé une section insuffisante.

En 4 mm2, le câble peut supporter 32 A sur de courtes distances et de courtes durées. Mais une charge de véhicule électrique sollicite le circuit à sa capacité nominale pendant 3 à 4 heures d’affilée, parfois tous les jours. L’échauffement du câble en charge est supérieur à ce que la section autorise en régime permanent. Le câble chauffe. A chaque session de charge, il chauffe. La chaleur se dissipe difficilement car le câble passe dans une gaine encastrée sur une partie du parcours.

La survenance du sinistre

En mars 2026, après dix-huit mois d’utilisation quotidienne, Monsieur Ducros remarque une odeur de plastique brulé dans l’entrée de sa maison, à proximité du tableau électrique, à chaque fois qu’il charge son véhicule. Il ouvre le tableau et constate que le plastique du bornier du disjoncteur dédié à la borne a commencé à fondre. Le câble de 4 mm2, soumis à un échauffement chronique, a provoqué un point chaud au niveau de la connexion avec le disjoncteur. La chaleur a fait fondre partiellement le boitier du disjoncteur et noirci les câbles adjacents.

Monsieur Ducros coupe immédiatement le disjoncteur et appelle Stéphane. Stéphane constate les dégâts, identifie immédiatement son erreur de section, et mesure la température résiduelle du câble dans la gaine avec un thermomètre infrarouge : 85°C en surface, alors que la température maximale admissible pour un câble PVC est de 70°C.

La déclaration et l’expertise

Stéphane déclare le sinistre à son assureur décennale dans les 48 heures. L’expert mandaté se rend sur place une semaine plus tard. Ses conclusions confirment l’analyse de Stéphane : le câble de 4 mm2 est sous-dimensionné pour un circuit de 32 A en usage permanent. L’échauffement chronique a dégradé l’isolant du câble sur toute sa longueur et provoqué un point chaud au bornier du disjoncteur. Le dommage est qualifié de décennal : le défaut de mise en oeuvre compromet la sécurité de l’installation électrique du bâtiment et rend l’ouvrage impropre à sa destination.

Le chiffrage et l’indemnisation

L’expert évalue les dommages comme suit :

  • Remplacement intégral du câble d’alimentation (12 mètres en 6 mm2 cuivre) y compris dépose de l’ancien câble et repose dans la gaine existante : 1 200 euros
  • Remplacement du disjoncteur endommagé : 180 euros
  • Remplacement du différentiel (vérification de l’état par précaution) : 320 euros
  • Vérification et reprise de l’ensemble du circuit (borniers, connexions) : 600 euros
  • Remplacement du coffret du tableau électrique (partiellement fondu) : 1 800 euros
  • Nettoyage et remise en état de la zone du tableau : 400 euros
  • Contrôle Consuel de l’ensemble de l’installation modifiée : 350 euros
  • Main d’oeuvre et déplacement : 1 200 euros
  • Frais d’expertise : 1 800 euros
  • Total : 7 850 euros

L’assureur de Stéphane prend en charge la totalité du montant, sous déduction d’une franchise de 1 500 euros. Stéphane n’a déboursé que 1 500 euros au lieu de 7 850 euros. Et l’expert a souligné dans son rapport que sans l’intervention rapide du client, le point chaud au tableau aurait pu provoquer un départ de feu. Dans ce scénario, les dommages auraient été sans commune mesure : destruction du tableau, propagation à l’entrée de la maison, dommages au mobilier, voire destruction partielle du logement. Le montant aurait pu dépasser les 100 000 euros.

Les leçons de cette affaire

Première leçon : le sinistre résulte d’une erreur basique de dimensionnement. Un câble de 4 mm2 au lieu de 6 mm2. Ce n’est pas une erreur de conception complexe : c’est une erreur de choix de composant qui se produit lorsque l’installateur transpose des habitudes d’un type d’installation (bornes 7 kW) à un autre (bornes 22 kW) sans vérifier les calculs de section.

Deuxième leçon : le sinistre a couté 7 850 euros, soit près de trois fois le montant du chantier initial (2 800 euros). Et ce montant aurait pu être multiplié par dix ou par vingt si le point chaud avait provoqué un incendie. En IRVE, les sinistres peuvent rapidement dépasser le montant du chantier d’origine, car les travaux de reprise sont plus lourds que les travaux initiaux (dépose, remplacement, repose, contrôle).

Troisième leçon : l’utilisation quotidienne intensive distingue l’IRVE des autres installations électriques. Un circuit de prises classique n’est jamais sollicité à sa capacité nominale pendant des heures. Un circuit de borne de recharge, si. Le dimensionnement doit tenir compte de cet usage permanent. Les marges de sécurité habituelles ne suffisent pas.

Quatrième leçon : sans décennale, Stéphane aurait payé 7 850 euros de sa poche. Sur un chantier facturé 2 800 euros, c’est une perte nette de 5 050 euros. Et si l’incendie avait eu lieu, la dette aurait pu atteindre six chiffres.

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Les activités connexes de l’installateur IRVE

Les installateurs de bornes de recharge exercent rarement cette seule activité. La plupart sont d’abord électriciens, et nombre d’entre eux proposent des prestations complémentaires. Chaque activité exercée doit figurer explicitement sur votre contrat décennale.

Electricité générale

C’est la base. La quasi-totalité des installateurs IRVE sont des électriciens qui ont ajouté la borne de recharge à leur catalogue de prestations. Votre contrat décennale doit couvrir l’électricité générale (installation électrique, mise en conformité, tableaux, circuits) en plus de l’activité IRVE spécifique. Si vous êtes électricien et que vous ajoutez l’IRVE, assurez-vous que l’avenant à votre contrat mentionne bien les deux activités. Pour en savoir plus, consultez notre article sur la décennale électricien.

Installation photovoltaique

La combinaison photovoltaique + IRVE est de plus en plus courante. Les clients qui font poser des panneaux solaires souhaitent souvent alimenter une borne de recharge en autoconsommation. Pour l’installateur, c’est un argument commercial fort : “Rechargez votre véhicule avec l’électricité de vos panneaux.” Si vous proposez les deux prestations, chacune doit figurer sur votre contrat décennale. Le photovoltaique est classé dans les activités à risque élevé par les assureurs, et son ajout a un impact significatif sur la prime. Pour en savoir plus, consultez notre article sur la décennale panneaux solaires.

Domotique et pilotage énergétique

Les installations IRVE modernes intègrent souvent un pilotage énergétique : gestion dynamique de la puissance de charge en fonction de la consommation du bâtiment, programmation des heures de charge en heures creuses, intégration avec le système de gestion de l’énergie du logement (EMS). Si vous réalisez ces prestations de paramétrage et d’installation domotique, vérifiez que votre contrat couvre l’activité “domotique” ou “pilotage énergétique”. Un défaut de configuration du pilotage qui entraine une surcharge chronique du réseau électrique est un sinistre couvert par la décennale.

Stockage par batteries

Le triptyque panneaux solaires + batterie de stockage + borne de recharge est la combinaison premium du marché résidentiel. L’installation de batteries de stockage domestiques implique des risques spécifiques (emballement thermique, émanation de gaz) que les assureurs surveillent de près. Si vous proposez cette prestation, déclarez-la sur votre contrat et vérifiez les conditions spécifiques imposées par l’assureur (marques autorisées, normes d’installation, distances de sécurité).

La règle d’or

Elle est identique à celle de tous les métiers du BTP : si vous exercez une activité, elle doit figurer sur votre contrat. Une activité non déclarée est une activité non couverte. En cas de sinistre, l’assureur vérifie la cohérence entre les travaux réalisés et les activités mentionnées sur votre attestation. Si le sinistre porte sur une installation IRVE et que votre contrat ne mentionne que “électricité générale”, la prise en charge sera refusée.

Comment bien choisir sa décennale IRVE

Le prix ne doit pas être votre seul critère de choix. Les sinistres IRVE peuvent atteindre des montants élevés, en particulier en cas d’incendie. La qualité de votre contrat fera la différence le jour ou vous en aurez besoin.

Les activités couvertes

Votre attestation doit lister précisément toutes les activités que vous exercez. “Electricité” seul ne suffit pas si vous installez des bornes IRVE. Relisez votre attestation et comparez-la avec la réalité de vos prestations. L’activité “installation de bornes de recharge pour véhicules électriques” (ou formulation équivalente) doit y figurer explicitement.

Les niveaux de qualification couverts

Si vous êtes qualifié P1 et P2, vérifiez que votre contrat couvre bien les deux niveaux. Un contrat qui ne couvre que les installations résidentielles simples (P1) ne vous protège pas sur un chantier de copropriété (P2). Si vous ajoutez la qualification P3, informez votre assureur et faites modifier votre contrat en conséquence.

Les plafonds de garantie

Vérifiez que les plafonds sont adaptés à la taille de vos chantiers. Pour des installations résidentielles individuelles (2 000 à 5 000 euros par chantier), les plafonds standard sont généralement suffisants. Pour des infrastructures de copropriété (20 000 à 100 000 euros) ou des stations de recharge rapide (50 000 euros et plus), assurez-vous que les plafonds correspondent à la valeur des ouvrages. Un incendie sur une infrastructure de copropriété peut générer des dommages à six chiffres.

Le montant des franchises

Les franchises en IRVE sont généralement comprises entre 1 000 et 2 500 euros. Une franchise basse augmente la prime annuelle mais limite votre exposition en cas de sinistre. Evaluez votre capacité de trésorerie avant de choisir.

La couverture RC Pro

Assurez-vous que votre contrat inclut une RC Pro avec des plafonds adaptés. Les dommages au véhicule du client (chargeur embarqué, batterie) relèvent de la RC Pro. Un dommage à une batterie de véhicule peut couter 20 000 euros. Vérifiez que votre plafond RC Pro est cohérent avec ce risque.

La solidité de l’assureur

Votre contrat vous couvre pendant dix ans après la réception de chaque chantier. L’assureur doit être en mesure de payer des sinistres longtemps après la fin de votre contrat. Privilégiez les compagnies reconnues et financièrement solides.

Les erreurs à éviter

Ne pas déclarer l’activité IRVE sur votre contrat décennale

C’est l’erreur la plus courante. Beaucoup d’électriciens estiment que leur décennale “électricité” couvre automatiquement l’installation de bornes de recharge. Ce n’est pas le cas. L’activité IRVE est une activité spécifique qui doit figurer explicitement sur votre contrat et sur votre attestation. Si votre contrat ne mentionne que “électricité générale” et que vous installez une borne qui provoque un incendie, l’assureur peut refuser la prise en charge en arguant que l’activité IRVE n’est pas couverte. Déclarez l’activité.

Installer des bornes de plus de 3,7 kW sans qualification IRVE

Au-delà du risque réglementaire (amende), l’absence de qualification IRVE peut être invoquée par l’assureur comme un motif de non-conformité. Si vous installez une borne de 22 kW sans être qualifié IRVE et qu’un sinistre survient, l’assureur peut invoquer le non-respect des obligations réglementaires pour limiter ou refuser la prise en charge. La qualification IRVE est à la fois une obligation légale et un prérequis d’assurance.

Négliger le bilan de puissance

Raccorder une borne de 7 kW ou 22 kW sur un tableau électrique sans vérifier sa capacité est une faute professionnelle. Le bilan de puissance est la première étape de toute installation IRVE. Il permet de vérifier que le réseau existant peut supporter la charge supplémentaire, et d’identifier les adaptations nécessaires (changement de disjoncteur d’abonné, ajout de délestage, mise à niveau du tableau). Ignorer cette étape, c’est s’exposer à un sinistre de surcharge quasi garanti sur les installations les plus sollicitées.

Utiliser un différentiel inadapté

Le choix du différentiel est un point critique en IRVE. Un différentiel de type AC ne protège pas contre les courants de fuite continus générés par les chargeurs embarqués. Un différentiel de type A protège partiellement. Le guide UTE C 15-722 impose un différentiel de type B pour les bornes dont la documentation technique l’exige, ou un différentiel de type A associé à un dispositif de détection DC intégré à la borne (dispositif RDC-DD). Installer un différentiel inadapté est une non-conformité qui met en danger les utilisateurs et qui constitue un défaut de mise en oeuvre au sens de la garantie décennale.

Négliger la documentation chantier

Conservez tous vos dossiers pendant au moins 12 ans. Devis, factures, photos avant/pendant/après, bilan de puissance, schéma de l’installation, fiches techniques de la borne et des composants, attestation de conformité Consuel le cas échéant, procès-verbal de réception signé par le client. En cas de sinistre, l’expert demandera ces documents. Leur absence compliquera considérablement votre défense et pourra jouer en votre défaveur.

Questions fréquentes

La décennale est-elle obligatoire pour installer une simple prise renforcée ?

La prise renforcée (type Green’Up, 3,7 kW) est l’installation IRVE la plus simple. Son installation implique un circuit dédié depuis le tableau électrique, un disjoncteur et un différentiel. Ce sont des travaux sur l’installation électrique du bâtiment, qui relèvent en principe de la garantie décennale au même titre que l’installation d’un circuit de prises classique. En pratique, le risque de sinistre grave sur une prise renforcée est plus faible que sur une borne de 22 kW, car les puissances en jeu sont modérées. Mais l’obligation légale de décennale s’applique dès lors que vous intervenez sur l’installation électrique d’un bâtiment, quelle que soit la puissance. Notre conseil : ne prenez pas le risque d’exercer sans décennale, même pour des installations simples. Le cout d’un sinistre, même modéré, dépasse rapidement le cout de la prime annuelle.

Un électricien peut-il installer des bornes IRVE avec sa décennale classique ?

Non, pas automatiquement. La décennale standard d’un électricien couvre les travaux d’installation électrique dans le bâtiment (circuits, tableaux, éclairage, prises). L’installation de bornes de recharge pour véhicules électriques est une activité spécifique qui doit être explicitement mentionnée sur votre contrat et sur votre attestation. Si votre attestation ne mentionne que “électricité générale”, vous n’êtes pas couvert pour l’activité IRVE. Contactez votre assureur ou votre courtier pour ajouter l’activité IRVE à votre contrat par avenant. Le surcout est généralement modéré (10 à 25 % de surprime) et la démarche est simple. Assurez-vous également de disposer de la qualification IRVE correspondante au type d’installations que vous réalisez.

Quelle est la différence entre les qualifications IRVE P1, P2 et P3 pour l’assurance ?

Les trois niveaux de qualification IRVE correspondent à des types d’installations de complexité et de risque croissants. P1 couvre les bornes jusqu’à 22 kW sans configuration spécifique (résidentiel individuel classique). P2 couvre les bornes jusqu’à 22 kW avec configuration et communication (copropriété, entreprise). P3 couvre les bornes de recharge rapide en courant continu (stations publiques). Pour l’assurance, chaque niveau de qualification élargit le périmètre de risque couvert. Un installateur P1 paie moins cher qu’un installateur P1+P2+P3. Si vous réalisez des chantiers relevant d’un niveau de qualification que vous ne possédez pas, ou qui n’est pas mentionné sur votre contrat décennale, vous n’êtes pas couvert en cas de sinistre. La règle est simple : votre contrat doit refléter exactement les activités que vous exercez.

Combien coute la décennale pour un micro-entrepreneur installateur IRVE ?

Pour un micro-entrepreneur qualifié IRVE P1 avec au moins 3 ans d’expérience en électricité et un historique sans sinistre, les tarifs constatés en 2026 se situent entre 1 800 et 3 500 euros par an selon le chiffre d’affaires et le niveau de qualification. C’est comparable aux tarifs d’un électricien, avec une majoration liée à l’activité IRVE. Le statut de micro-entrepreneur ne modifie en rien l’obligation de décennale. Pour connaitre les tarifs moyens du marché, consultez notre article sur le prix de l’assurance décennale. Pour obtenir un tarif personnalisé, demandez un devis en ligne.

La décennale IRVE couvre-t-elle les dommages causés au véhicule du client ?

La décennale couvre les dommages à l’ouvrage, c’est-à-dire les dommages à l’installation électrique du bâtiment et aux éléments qui y sont intégrés. Les dommages au véhicule du client (chargeur embarqué grillé, batterie endommagée par des surtensions) ne sont pas des dommages à l’ouvrage au sens de la garantie décennale. Ils relèvent de la responsabilité civile professionnelle (RC Pro). C’est pourquoi il est indispensable de disposer d’une RC Pro avec des plafonds adaptés aux risques de l’activité IRVE. Un chargeur embarqué coute entre 1 500 et 5 000 euros, une batterie de traction entre 8 000 et 25 000 euros. Votre RC Pro doit couvrir ces montants. La quasi-totalité des contrats décennale incluent une RC Pro, mais vérifiez les plafonds et les exclusions.

Que se passe-t-il si un sinistre est causé par un défaut de la borne et non par la pose ?

Si le sinistre résulte d’un défaut de fabrication de la borne (composant défectueux, carte électronique qui surchauffe en raison d’un vice de conception, connecteur d’usine mal assemblé), la responsabilité incombe au fabricant, pas à l’installateur. C’est la garantie du fabricant et sa responsabilité du fait des produits défectueux qui s’appliquent. En revanche, si le sinistre résulte d’un défaut de mise en oeuvre (câble sous-dimensionné, différentiel inadapté, bornier mal serré, défaut de mise à la terre), c’est votre responsabilité décennale qui est engagée. En pratique, la distinction est établie par l’expert mandaté après le sinistre. Pour protéger votre position en cas de litige, conservez les fiches techniques, les certificats de conformité et les numéros de série de toutes les bornes et de tous les composants que vous installez. Ces documents permettent de démontrer que le matériel utilisé était conforme au moment de l’installation.

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