Décennale refusée ou résiliée : solutions
Chaque année, des milliers d’artisans reçoivent un courrier qu’ils redoutent : un refus de souscription ou un avis de résiliation de leur assurance décennale. Pour celui qui le reçoit, c’est souvent un choc. L’assurance décennale est une obligation légale : sans elle, impossible d’exercer légalement dans le bâtiment. Un refus ou une résiliation, c’est donc l’activité tout entière qui est menacée. Des chantiers en cours, des devis signés, des clients qui attendent. Et une question qui tourne en boucle : comment s’en sortir ?
La bonne nouvelle, c’est qu’il existe des solutions. Cinq, précisément. Certaines sont rapides, d’autres demandent plus de temps. L’une d’entre elles, le Bureau Central de Tarification, est même un droit garanti par la loi. Aucun artisan ne devrait rester indéfiniment sans couverture. Mais pour choisir la bonne stratégie, il faut d’abord comprendre pourquoi vous vous trouvez dans cette situation.

Pourquoi votre décennale est refusée ou résiliée
Les assureurs ne refusent pas les dossiers par caprice. Derrière chaque refus ou résiliation, il y a un calcul de risque. Comprendre les motifs les plus fréquents vous permettra d’identifier votre situation et d’agir de manière ciblée.
Les motifs de refus les plus courants
Un dossier incomplet ou des documents manquants. C’est la cause la plus fréquente de refus, et la plus facile à résoudre. L’assureur demande des justificatifs précis : diplômes, bulletins de salaire, certificats de travail, extrait Kbis, attestation d’expérience. Si ces documents sont manquants, illisibles, périmés ou incohérents, le dossier est rejeté. Ce n’est pas un refus définitif, c’est un refus technique. La nuance est importante.
Une expérience professionnelle insuffisante. Les assureurs exigent un minimum de deux ans d’expérience pour le second oeuvre et trois ans pour le gros oeuvre. Si vous ne pouvez pas justifier de cette durée par des bulletins de salaire, des diplômes ou des certificats de travail, votre dossier sera refusé. Les auto-déclarations ne suffisent pas.
Un historique de sinistres trop lourd. Si vous avez eu plusieurs sinistres déclarés au titre de la décennale ces dernières années, les assureurs considèrent que le risque de récidive est élevé. Plus les sinistres sont nombreux ou coûteux, plus le refus est probable. Certains assureurs tolèrent un sinistre isolé ; d’autres appliquent une tolérance zéro.
Une activité jugée trop risquée. Certaines combinaisons d’activités ou certains secteurs sont considérés comme particulièrement exposés par les compagnies d’assurance. Le terrassement, l’étanchéité, la construction de piscines ou la rénovation énergétique globale font partie des activités que certains assureurs préfèrent ne pas couvrir, ou qu’ils n’acceptent que sous conditions strictes.
Une résiliation antérieure par un autre assureur. Si un précédent assureur a résilié votre contrat, que ce soit pour sinistralité, non-paiement de prime ou fausse déclaration, cette information figure dans votre historique. Elle constitue un signal d’alarme pour tout nouvel assureur, qui demandera des explications détaillées avant d’envisager de vous couvrir.
Le non-paiement de primes. Un impayé chez un ancien assureur est rédhibitoire. Tant que la situation n’est pas régularisée, aucun nouvel assureur sérieux n’acceptera votre dossier. Les compagnies se transmettent ces informations.
Les motifs de résiliation en cours de contrat
La sinistralité excessive. Votre assureur supporte le coût des sinistres. Si le ratio entre les primes encaissées et les sinistres payés est défavorable, il peut décider de ne pas renouveler votre contrat à l’échéance, ou même de le résilier en cours d’année dans les cas les plus graves.
La fausse déclaration. Vous avez déclaré exercer uniquement la peinture, mais vous faites aussi de la maçonnerie sans l’avoir signalé. En cas de sinistre sur un chantier de maçonnerie, l’assureur découvre la fausse déclaration et résilie le contrat. C’est l’un des cas les plus pénalisants, car la résiliation pour fausse déclaration est inscrite durablement dans votre historique.
Le non-paiement répété des primes. Après des relances infructueuses et une mise en demeure restée sans effet, l’assureur suspend puis résilie le contrat. Cette résiliation est particulièrement problématique car elle est reportée au fichier des résiliations et complique considérablement les futures souscriptions.
Quel est votre cas ? L’arbre de décision
Avant de vous lancer dans les solutions, identifiez précisément votre situation. Chaque cas appelle une stratégie différente.
Votre dossier a été refusé pour la première fois ?
- Vos documents sont incomplets ou manquants → Solution 1 : Complétez votre dossier
- Vous manquez d’expérience selon l’assureur → Solution 1 : Complétez votre dossier (avec des justificatifs complémentaires)
- L’assureur refuse votre activité spécifique → Solution 2 : Changez de courtier
- Vous avez déjà essayé plusieurs courtiers sans succès → Solution 4 : Courtier spécialisé en risques aggravés
Votre contrat a été résilié ?
- Résilié pour non-paiement → Solution 3 : Régularisez votre situation puis Solution 2
- Résilié pour sinistralité → Solution 4 : Courtier spécialisé ou Solution 5 : BCT
- Résilié pour fausse déclaration → Solution 3 : Régularisez puis Solution 4 ou Solution 5
Vous avez été refusé par plusieurs assureurs ?
- Refusé deux ou trois fois → Solution 4 : Courtier spécialisé
- Refusé partout, aucune solution trouvée → Solution 5 : BCT (Bureau Central de Tarification)
Gardez cet arbre en tête tout au long de la lecture. Chaque solution est détaillée ci-dessous, de la plus simple à la plus lourde.
Solution 1 : Complétez et corrigez votre dossier
C’est la solution la plus rapide et la moins coûteuse, mais elle suppose que le refus est d’ordre documentaire. Si votre dossier a été rejeté parce qu’il manquait un bulletin de salaire, un diplôme ou un justificatif d’expérience, la solution est évidente : fournissez les pièces manquantes et représentez votre dossier.
En pratique, voici comment procéder.
Identifiez précisément le motif du refus. Demandez à votre courtier ou à l’assureur une explication écrite et détaillée des raisons du rejet. “Dossier incomplet” ne suffit pas : vous avez besoin de savoir quels documents manquent ou quels points posent problème. Un courtier sérieux vous fournira cette information sans difficulté.
Rassemblez les pièces complémentaires. Si ce sont des bulletins de salaire qui manquent, contactez vos anciens employeurs ou adressez-vous à l’URSSAF qui peut fournir des attestations d’emploi. Si c’est un diplôme, demandez un duplicata auprès de l’organisme de formation ou du rectorat. Si votre Kbis est périmé, commandez un exemplaire récent sur le site Infogreffe. Notre guide complet des documents nécessaires détaille chaque pièce et comment l’obtenir.
Vérifiez la cohérence de votre dossier. Les assureurs sont attentifs aux incohérences. Si votre Kbis indique “peinture en bâtiment” mais que vos bulletins de salaire mentionnent une expérience en “électricité générale”, le dossier sera jugé incohérent. Les activités déclarées doivent correspondre à votre expérience justifiée. Si votre activité a évolué, mettez à jour votre code APE et votre inscription au répertoire des métiers avant de représenter le dossier.
Représentez le dossier complet. Une fois les lacunes comblées, soumettez à nouveau votre demande. Si le premier courtier ne vous inspire plus confiance, rien ne vous empêche de présenter votre dossier corrigé à un autre. Le refus initial n’est pas inscrit dans un fichier centralisé : seules les résiliations et les sinistres le sont.
Cette solution résout environ 40 % des cas de refus. Le problème n’était pas votre profil, c’était la forme du dossier.
Solution 2 : Changez de courtier
Tous les courtiers ne travaillent pas avec les mêmes compagnies d’assurance. Et toutes les compagnies n’appliquent pas les mêmes critères d’acceptation. Un profil refusé chez un assureur peut être accepté sans difficulté chez un autre. C’est une réalité du marché que beaucoup d’artisans ignorent.
Les raisons de cette disparité sont multiples. Chaque compagnie d’assurance définit sa propre politique de souscription en fonction de son appétit pour certains risques, de son historique de sinistralité sur certains métiers, et de sa stratégie commerciale du moment. Un assureur qui a subi des pertes importantes sur des chantiers de couverture peut décider de fermer temporairement ce segment, tandis qu’un concurrent y verra une opportunité de capter des parts de marché.
Les courtiers, quant à eux, ont accès à un panel plus ou moins large de compagnies. Un courtier qui ne travaille qu’avec deux ou trois assureurs aura mécaniquement moins de solutions à vous proposer qu’un courtier connecté à une dizaine de partenaires. Si votre courtier actuel vous annonce un refus, cela signifie peut-être simplement que ses partenaires ne veulent pas de votre profil, pas que le marché entier vous rejette.
Concrètement, lorsque vous changez de courtier, faites-le de manière stratégique. Ne vous contentez pas de frapper à la porte du premier venu. Privilégiez les courtiers qui annoncent clairement travailler avec un large panel de compagnies. Expliquez votre situation avec transparence : cachez votre refus précédent ne servira à rien et risque de se retourner contre vous si le nouvel assureur le découvre.
Pour en savoir plus sur le processus de changement, consultez notre guide sur comment changer d’assurance décennale.
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Solution 3 : Régularisez votre situation
Si votre refus ou votre résiliation est lié à un problème de conformité (impayés, fausse déclaration, activité non déclarée), aucune solution ne fonctionnera tant que vous n’aurez pas traité le problème à la racine. Avant de chercher un nouvel assureur, mettez de l’ordre dans votre situation.
Régulariser un impayé
Si votre ancien contrat a été résilié pour non-paiement, vous devez solder votre dette auprès de l’ancien assureur. Contactez-le, demandez le montant exact des arriérés, et réglez-les. Obtenez un document écrit confirmant que la dette est soldée. Ce document sera votre sésame pour convaincre un nouvel assureur que le problème est derrière vous. Sans lui, la plupart des compagnies refuseront d’examiner votre dossier.
Corriger une fausse déclaration
Si votre résiliation est liée à une fausse déclaration, intentionnelle ou non, la situation est plus délicate. Vous devez d’abord mettre à jour vos déclarations officielles : code APE, inscription au répertoire des métiers, Kbis. Ensuite, dans votre nouveau dossier de souscription, déclarez l’ensemble de vos activités réelles, sans omission. Soyez transparent avec le nouveau courtier sur les raisons de la résiliation. Un courtier expérimenté saura présenter votre dossier de manière favorable tout en restant honnête avec l’assureur.
Mettre à jour vos qualifications
Si le refus est lié à un défaut de qualification, par exemple si vous exercez une activité pour laquelle vous ne disposez pas de l’expérience minimale requise, il peut être nécessaire de suivre une formation complémentaire ou d’obtenir une certification. Certaines formations qualifiantes sont courtes (quelques semaines) et peuvent suffire à débloquer un dossier. Renseignez-vous auprès des chambres de métiers et de l’artisanat de votre département, qui proposent des programmes adaptés.
Assainir votre historique de sinistralité
Si la sinistralité est le problème, vous ne pouvez pas effacer le passé. Mais vous pouvez documenter les mesures prises pour éviter que les sinistres ne se reproduisent : investissement dans du matériel de meilleure qualité, suivi de formations sur les normes en vigueur, mise en place de procédures de contrôle qualité sur vos chantiers. Ces éléments tangibles peuvent rassurer un assureur et faire basculer une décision de refus en acceptation conditionnelle.
Solution 4 : Faites appel à un courtier spécialisé en risques aggravés
Le marché de l’assurance décennale comprend des acteurs généralistes et des acteurs spécialisés. Si les généralistes refusent votre dossier, les spécialistes en risques aggravés ou en profils atypiques peuvent être la solution.
Ces courtiers, parfois appelés courtiers en “risques refusés” ou “risques spéciaux”, disposent de partenariats avec des compagnies d’assurance qui ont choisi de se positionner sur les profils que les autres rejettent. Leur modèle économique repose sur des primes plus élevées (le risque étant supérieur, le tarif l’est aussi) mais ils offrent une couverture là où personne d’autre ne le fait.
Comment fonctionnent-ils ? Le courtier spécialisé analyse votre dossier en profondeur. Il identifie les points bloquants et les points forts. Il monte un dossier argumenté qu’il présente à ses compagnies partenaires en mettant en avant les éléments favorables : ancienneté dans le métier, formation récente, mesures correctives prises après un sinistre, faible chiffre d’affaires limitant l’exposition. Son expertise consiste à “placer” des dossiers que les circuits classiques ne savent pas traiter.
Les avantages : vous obtenez une couverture, souvent dans un délai raisonnable (deux à quatre semaines). Vous restez dans un cadre contractuel classique, avec une compagnie d’assurance agréée. Vous évitez la procédure BCT, qui est plus longue et plus contraignante.
Les inconvénients : le tarif sera significativement plus élevé qu’un contrat standard. Comptez une majoration de 30 à 100 % par rapport au prix du marché pour un profil sans antécédent. Les franchises peuvent aussi être plus élevées. Et certains courtiers spécialisés facturent des frais de dossier conséquents : vérifiez ce point avant de vous engager.
Comment les identifier : recherchez des courtiers qui mentionnent explicitement la prise en charge des profils refusés ou résiliés. Méfiez-vous des annonces trop belles pour être vraies. Un courtier sérieux vous demandera un dossier complet avant de s’engager sur quoi que ce soit. Celui qui vous garantit une couverture avant même d’avoir vu vos documents n’est pas fiable.
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Solution 5 : Le Bureau Central de Tarification (BCT)

Le BCT est l’ultime recours prévu par la loi française pour les professionnels qui ne parviennent pas à obtenir une assurance décennale sur le marché libre. C’est un organisme indépendant, créé par les pouvoirs publics, dont la mission est de garantir l’accès à l’assurance obligatoire pour tous les professionnels qui y sont légalement tenus.
Comment fonctionne le BCT
Le principe est le suivant : si aucun assureur n’accepte de vous couvrir, le BCT peut contraindre une compagnie d’assurance à le faire. L’assureur désigné ne peut pas refuser. Il est tenu d’émettre un contrat aux conditions fixées par le BCT, notamment en ce qui concerne le montant de la prime.
Ce mécanisme existe parce que l’assurance décennale est une obligation légale. Le législateur a considéré qu’il serait absurde d’obliger les professionnels à s’assurer tout en permettant aux assureurs de refuser systématiquement certains profils. Le BCT est le garde-fou qui empêche cette situation.
Les conditions pour saisir le BCT
Pour saisir le BCT, vous devez remplir deux conditions cumulatives.
Première condition : vous devez avoir été refusé par au moins un assureur. Vous devez apporter la preuve de ce refus, idéalement sous forme de courrier ou d’email de la compagnie d’assurance expliquant les motifs du rejet. Un simple refus oral de votre courtier n’est pas suffisant. Demandez systématiquement une confirmation écrite de tout refus.
Deuxième condition : vous devez être en situation d’obligation d’assurance. Autrement dit, vous devez exercer une activité relevant de la garantie décennale au sens des articles 1792 et suivants du Code civil. Si votre activité n’est pas soumise à l’obligation d’assurance, le BCT n’est pas compétent. Mais si vous êtes artisan du bâtiment et que vous réalisez des travaux de construction ou de rénovation, cette condition est remplie d’office. Pour vérifier votre situation, consultez notre article sur l’obligation d’assurance décennale.
La procédure de saisine du BCT
1. Constituez votre dossier. Le BCT met à disposition un formulaire de saisine sur son site officiel. Vous devez le remplir et y joindre plusieurs documents : la preuve du ou des refus d’assurance, votre extrait Kbis ou inscription au répertoire des métiers, vos justificatifs d’expérience professionnelle, votre relevé de sinistralité si vous avez un historique, et tout document utile pour étayer votre demande.
2. Envoyez le dossier. Le dossier complet est transmis au BCT par courrier recommandé. L’adresse et les modalités précises sont indiquées sur le site du BCT (bct-asso.com). Veillez à conserver une copie de l’ensemble des pièces envoyées.
3. Le BCT examine votre dossier. L’organisme vérifie la recevabilité de la demande et analyse votre profil. Il peut vous demander des pièces complémentaires. Le délai d’examen varie mais se situe généralement entre un et trois mois.
4. Le BCT fixe la prime et désigne un assureur. Si votre demande est recevable, le BCT détermine le montant de la prime qu’il juge approprié compte tenu de votre profil de risque, et il désigne une compagnie d’assurance qui sera tenue de vous couvrir à ce tarif. L’assureur désigné n’a pas le choix : il doit émettre le contrat.
5. Vous souscrivez le contrat. Une fois la décision du BCT rendue, vous contactez l’assureur désigné pour finaliser la souscription. Le contrat est émis dans les conditions fixées par le BCT.
Ce qu’il faut savoir sur la prime fixée par le BCT
Le BCT fixe une prime qu’il considère comme reflétant le risque réel de votre profil. Cette prime est souvent significativement plus élevée que les tarifs du marché standard. Ne vous attendez pas à un prix avantageux. Le BCT n’est pas un dispositif social destiné à obtenir une assurance bon marché, c’est un mécanisme de dernier recours pour obtenir une assurance tout court.
Les majorations peuvent être importantes : deux à trois fois le tarif standard dans certains cas, voire davantage pour les profils les plus défavorables (sinistralité lourde, résiliation pour fausse déclaration). Le BCT peut également fixer des conditions spécifiques : franchise élevée, exclusions particulières, obligation de suivi technique.
Malgré ce coût, le BCT reste une solution précieuse. Payer une prime élevée est toujours préférable à exercer sans couverture, avec les sanctions pénales et la responsabilité financière personnelle que cela implique.
Combien de temps dure la couverture obtenue via le BCT
Le contrat obtenu via le BCT est un contrat annuel, comme tout contrat de décennale. Il se renouvelle d’année en année, sauf résiliation dans les conditions prévues par la loi. L’assureur désigné peut toutefois ne pas renouveler le contrat à l’échéance. Vous devrez alors soit trouver un assureur sur le marché libre (votre situation aura peut-être évolué favorablement), soit saisir à nouveau le BCT.
Notre recommandation : utilisez la période couverte par le contrat BCT pour assainir votre profil. Zéro sinistre, primes payées en temps et en heure, formation continue. Après deux ou trois ans de parcours irréprochable, vous serez en bien meilleure position pour obtenir un contrat standard à un tarif raisonnable sur le marché libre.
Tableau récapitulatif des 5 solutions
| Solution | Pour qui | Délai | Coût | Taux de succès |
|---|---|---|---|---|
| 1. Compléter le dossier | Refus pour documents manquants ou incomplets | 1 à 2 semaines | Faible (frais de documents) | Très élevé |
| 2. Changer de courtier | Refus lié à un assureur spécifique | 2 à 3 semaines | Standard | Élevé |
| 3. Régulariser la situation | Impayés, fausse déclaration, défaut de qualification | Variable (2 semaines à 3 mois) | Variable | Élevé après régularisation |
| 4. Courtier spécialisé | Profils à sinistralité, résiliés, activités atypiques | 2 à 4 semaines | Majoré (+ 30 à 100 %) | Bon |
| 5. BCT | Refusé partout, aucune autre solution | 1 à 3 mois | Fortement majoré (x2 à x3) | Garanti par la loi |
Ce tableau est une boussole, pas une recette. Votre situation est unique, et la meilleure approche est souvent une combinaison de plusieurs solutions. Par exemple : régulariser un impayé (solution 3), puis changer de courtier (solution 2). Ou compléter son dossier (solution 1), puis s’adresser à un courtier spécialisé (solution 4) si le profil reste complexe.

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Comment éviter un futur refus ou une résiliation
Retrouver une couverture après un refus ou une résiliation est possible, mais c’est toujours plus difficile et plus coûteux que de conserver un contrat en bonne et due forme. Voici les règles d’or pour ne plus jamais vous retrouver dans cette situation.
Payez vos primes à temps. C’est la règle la plus élémentaire et la plus importante. Un impayé est la voie royale vers la résiliation. Mettez en place un prélèvement automatique pour éliminer le risque d’oubli. Si vous traversez une période difficile financièrement, contactez votre assureur avant l’échéance pour négocier un aménagement de paiement. Un assureur préviendra toujours la discussion proactive à la constatation d’un impayé.
Déclarez toutes vos activités. Ne déclarez pas uniquement votre activité principale si vous exercez régulièrement des activités complémentaires. Si vous êtes plombier et que vous faites aussi de la pose de sanitaires, déclarez les deux. La tentation de minimiser pour payer moins cher est compréhensible, mais les conséquences d’une fausse déclaration (résiliation, inscription au fichier, refus futurs) sont infiniment plus coûteuses que la différence de prime.
Signalez tout changement à votre assureur. Changement d’adresse, modification du chiffre d’affaires, ajout d’une nouvelle activité, embauche de salariés : informez votre assureur de toute évolution significative de votre entreprise. Un contrat basé sur des informations obsolètes est un contrat fragile, qui peut être remis en cause en cas de sinistre.
Investissez dans la qualité de vos travaux. La sinistralité est le facteur le plus lourd dans les décisions de résiliation et de refus. Chaque sinistre évité est une année de tranquillité assurée. Formez-vous régulièrement aux normes en vigueur, utilisez des matériaux conformes, documentez vos chantiers avec des photos, réalisez des réceptions de travaux formalisées. La prévention est votre meilleure assurance contre la résiliation.
Conservez précieusement votre historique. Gardez tous vos documents d’assurance : contrats, attestations, relevés de sinistralité, courriers. Ces pièces sont indispensables pour toute future souscription ou changement d’assureur. Ne jetez rien avant au moins douze ans après la fin de vos derniers chantiers (dix ans de garantie décennale plus deux ans de marge pour les éventuels contentieux).
Anticipez les renouvellements. Ne découvrez pas votre avis de résiliation le jour de l’échéance. Trois mois avant le renouvellement de votre contrat, faites le point avec votre courtier. Si des signaux d’alerte apparaissent (augmentation importante de la prime, demande de justificatifs inhabituels), commencez immédiatement à chercher des alternatives. Mieux vaut avoir un plan B prêt que de se retrouver au pied du mur. Pour comprendre le processus de changement, lisez notre guide sur comment changer d’assurance décennale.
Questions fréquentes
Ma décennale a été refusée, est-ce que je peux quand même travailler ?
Non. Sans assurance décennale valide, vous n’avez pas le droit d’ouvrir un chantier relevant de la garantie décennale. Exercer sans couverture constitue un délit pénal passible de 75 000 euros d’amende et de six mois d’emprisonnement. Au-delà de la sanction pénale, vous assumez personnellement l’intégralité des dommages en cas de sinistre. Tant que vous n’avez pas retrouvé une couverture, vous devez suspendre votre activité de construction. En revanche, les travaux d’entretien courant et purement décoratifs qui ne relèvent pas de la décennale peuvent être poursuivis.
Un refus de décennale est-il inscrit dans un fichier ?
Non, les refus de souscription ne sont pas inscrits dans un fichier centralisé accessible aux autres assureurs. Chaque compagnie prend sa décision de manière indépendante. En revanche, les résiliations par l’assureur (pour sinistralité, non-paiement ou fausse déclaration) peuvent être transmises dans le cadre des échanges inter-assureurs, et le relevé d’informations sinistres les mentionne. Un refus simple est donc moins pénalisant qu’une résiliation dans votre historique.
Combien de temps faut-il pour obtenir une décennale après un refus ?
Cela dépend de la solution retenue. Si le refus est lié à un dossier incomplet (solution 1), vous pouvez obtenir une couverture en une à deux semaines après avoir fourni les documents manquants. Un changement de courtier (solution 2) prend généralement deux à trois semaines. Un courtier spécialisé (solution 4) aboutit en deux à quatre semaines. La procédure BCT (solution 5) est la plus longue, avec un délai de un à trois mois. Dans tous les cas, commencez les démarches immédiatement. Chaque jour sans couverture est un jour de risque.
Le BCT peut-il me refuser aussi ?
Le BCT ne refuse pas les demandes recevables. Si vous êtes soumis à l’obligation d’assurance décennale et que vous prouvez qu’au moins un assureur vous a refusé, le BCT est tenu de traiter votre demande et de désigner un assureur. En revanche, le BCT peut déclarer votre demande irrecevable si vous ne remplissez pas les conditions de forme (dossier incomplet, absence de preuve de refus) ou si votre activité ne relève pas de l’obligation décennale. Assurez-vous de constituer un dossier complet et rigoureux.
La prime fixée par le BCT est-elle négociable ?
Non. La prime fixée par le BCT est une décision administrative qui s’impose à l’assureur désigné comme à l’assuré. Elle n’est pas négociable. Elle est calculée sur la base du risque que vous représentez, en tenant compte de votre historique, de votre activité et des motifs de refus du marché. Si vous estimez que la prime est excessive, vous pouvez contester la décision devant le tribunal administratif, mais cette démarche est longue et rarement couronnée de succès. En pratique, la stratégie la plus efficace consiste à accepter la prime BCT, construire un historique positif pendant deux ou trois ans, puis tenter de revenir sur le marché libre à des conditions plus favorables.
Mon ancien assureur a résilié mon contrat pour sinistralité : est-ce légal ?
Oui, c’est parfaitement légal. Les contrats d’assurance prévoient la possibilité pour l’assureur de résilier le contrat après un sinistre, dans un délai d’un mois suivant le règlement du sinistre ou le refus de prise en charge. La résiliation pour sinistralité excessive est également possible à l’échéance annuelle du contrat, moyennant le respect du préavis prévu aux conditions générales (généralement deux mois). L’assureur n’a pas à motiver sa décision de non-renouvellement à échéance. C’est une décision commerciale qui relève de sa politique de souscription.
Puis-je cumuler plusieurs solutions en même temps ?
Absolument, et c’est même recommandé. Pendant que vous régularisez un impayé (solution 3), commencez à contacter des courtiers spécialisés (solution 4). Pendant que vous attendez la réponse d’un courtier, préparez votre dossier BCT (solution 5) au cas où. L’important est de ne pas rester passif et de multiplier les démarches en parallèle. Chaque jour sans couverture est un jour de risque juridique et financier. Travailler sur plusieurs fronts simultanément maximise vos chances de retrouver une couverture rapidement.
Après combien de temps un historique de sinistralité n’est plus pénalisant ?
Il n’existe pas de durée légale après laquelle un sinistre est “effacé” de votre historique. En pratique, les assureurs regardent principalement les cinq dernières années. Un sinistre survenu il y a six ou sept ans pèse beaucoup moins lourd dans l’analyse qu’un sinistre récent. Après cinq ans sans nouveau sinistre, la plupart des assureurs considèrent que le risque est revenu à un niveau acceptable. Cela ne signifie pas que l’ancien sinistre disparaît (il reste dans votre relevé d’informations), mais son impact sur la décision de souscription et sur le tarif diminue considérablement avec le temps.