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Sinistre décennale : déclarer et agir

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Sinistre décennale : déclarer et agir

Trois ans après la fin des travaux, vous remarquez une fissure sur le mur porteur de votre salon. Au début, un trait fin, presque invisible. Puis la fissure s’élargit. Le crépi se décolle. Un ami du bâtiment passe, jette un coup d’oeil et lâche : “C’est structurel, ça.” Vous appelez l’artisan qui a fait les travaux. Il ne répond plus. Vous rappelez. Messagerie pleine. Vous commencez à sentir une boule dans le ventre, parce que les travaux vous ont coûté 45 000 euros et que personne ne semble vouloir assumer ce qui est en train de se passer.

Si vous êtes dans cette situation, ou dans une situation comparable, ce guide est fait pour vous.

Et si vous êtes artisan, ce guide est aussi fait pour vous. Parce que la déclaration de sinistre décennale vous concerne des deux côtés : en tant que constructeur dont la responsabilité est engagée, et en tant que professionnel qui doit comprendre le mécanisme pour y répondre correctement, protéger son activité et préserver la relation avec ses clients.

Sinistre décennale avec dégât des eaux en plomberie

Qu’est-ce qu’un sinistre décennale

Un sinistre décennale est un dommage qui apparait sur un ouvrage après la réception des travaux et qui relève de la garantie décennale. Pour comprendre ce que cela signifie concrètement, il faut revenir au texte fondateur : l’article 1792 du Code civil.

Cet article dispose que tout constructeur d’un ouvrage est responsable de plein droit, envers le maitre d’ouvrage ou l’acquéreur, des dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou le rendent impropre à sa destination. Cette responsabilité court pendant dix ans à compter de la réception des travaux.

Trois conditions doivent donc être réunies pour qu’un dommage soit qualifié de sinistre décennale.

Le dommage doit affecter un ouvrage. Il peut s’agir d’une construction neuve, d’une extension, d’une rénovation lourde ou de travaux portant sur des éléments constitutifs de l’ouvrage (fondations, murs porteurs, toiture, charpente, réseau d’évacuation encastré). Les travaux purement décoratifs ou d’entretien courant ne relèvent pas de la décennale.

Le dommage doit compromettre la solidité de l’ouvrage ou le rendre impropre à sa destination. Un ouvrage “impropre à sa destination” est un ouvrage qui ne remplit plus la fonction pour laquelle il a été conçu. Une maison dont la toiture fuit au point de rendre les pièces inhabitables est impropre à sa destination. Un local commercial dont le plancher s’affaisse au point d’empêcher l’exploitation est impropre à sa destination. Un simple défaut esthétique, en revanche, ne suffit pas.

Le dommage doit se manifester dans les dix ans suivant la réception des travaux. Si le dommage apparait au-delà de cette période, la garantie décennale ne s’applique plus. La date de réception des travaux, formalisée par un procès-verbal de réception, est le point de départ du délai.

Exemples concrets de sinistres décennaux

Pour bien comprendre ce qui relève de la décennale et ce qui n’en relève pas, voici des cas fréquemment rencontrés.

Relève de la décennale :

  • Des fissures structurelles sur un mur porteur qui menacent la stabilité du bâtiment
  • Une infiltration d’eau par la toiture rendant des pièces inutilisables
  • Un affaissement du plancher dû à un défaut de fondation
  • Un réseau d’assainissement mal posé provoquant des remontées d’eaux usées
  • Un défaut d’étanchéité d’une terrasse causant des infiltrations dans les pièces situées en dessous
  • Une charpente qui se déforme sous la charge de la couverture
  • Un système de chauffage au sol défaillant rendant le logement inhabitable en hiver
  • Une piscine enterrée qui se fissure et perd son étanchéité

Ne relève pas de la décennale :

  • Une peinture qui s’écaille (défaut esthétique, pas d’atteinte à la solidité ni à la destination)
  • Un carrelage qui se décolle dans une pièce sèche sans cause structurelle
  • Une porte intérieure qui ferme mal
  • Un robinet qui fuit (entretien courant)
  • Des traces d’humidité superficielles sans lien avec un défaut de construction
  • L’usure normale des matériaux après plusieurs années d’utilisation

La frontière entre ce qui relève de la décennale et ce qui n’en relève pas n’est pas toujours évidente. C’est précisément pour trancher cette question qu’un expert intervient dans la procédure, comme nous le verrons plus loin.

Les éléments d’équipement indissociables et dissociables

Un point mérite une attention particulière. Les éléments d’équipement indissociables de l’ouvrage (c’est-à-dire ceux dont le retrait ou le remplacement endommagerait la structure : canalisations encastrées, plancher chauffant, isolation intégrée aux murs) sont couverts par la garantie décennale au même titre que l’ouvrage lui-même.

Les éléments d’équipement dissociables (ceux qui peuvent être retirés ou remplacés sans toucher au gros oeuvre : chaudière, volets, portes intérieures) relèvent en principe de la garantie de bon fonctionnement, limitée à deux ans. Toutefois, si un élément dissociable cause un dommage à l’ouvrage lui-même (par exemple, une chaudière défectueuse qui provoque un dégât des eaux affectant les murs porteurs), la garantie décennale peut être mobilisée pour le dommage causé à l’ouvrage.

Les délais à connaitre

La gestion d’un sinistre décennale est encadrée par des délais stricts. Les ignorer peut vous faire perdre vos droits. Voici les trois délais essentiels à retenir, que vous soyez propriétaire ou artisan.

Le délai de garantie : 10 ans à compter de la réception

La garantie décennale couvre les dommages qui se manifestent pendant les dix années suivant la réception des travaux. Le point de départ est la date figurant sur le procès-verbal de réception, pas la date de fin de chantier, pas la date de la facture, pas la date du premier règlement. La date du PV de réception.

Si aucun procès-verbal de réception n’a été signé (ce qui arrive fréquemment, notamment entre particuliers et petits artisans), la jurisprudence admet que la réception peut être tacite. Elle est alors caractérisée par la prise de possession de l’ouvrage par le maitre d’ouvrage et le paiement intégral du prix. Mais l’absence de PV de réception complique considérablement la procédure en cas de sinistre, car il faut prouver la date de cette réception tacite. C’est pourquoi il est toujours dans votre intérêt de formaliser la réception par un document écrit et signé par les deux parties.

Exemple concret : les travaux de construction de votre maison ont été réceptionnés le 15 mars 2024. La garantie décennale court jusqu’au 15 mars 2034. Si une fissure structurelle apparait le 10 mars 2034, vous êtes dans les délais. Si elle apparait le 20 mars 2034, vous êtes hors délai.

Le délai de déclaration : 5 jours ouvrés

Une fois que vous constatez un dommage relevant potentiellement de la décennale, vous disposez de cinq jours ouvrés pour le déclarer à l’assureur. Ce délai est prévu par les conditions générales de la plupart des contrats d’assurance, conformément à l’article L113-2 du Code des assurances.

En pratique, ce délai de cinq jours court à partir du moment où vous avez connaissance du sinistre. Si vous découvrez une fissure le lundi, vous devez avoir envoyé votre déclaration avant le lundi suivant (en comptant les jours ouvrés). Le respect de ce délai est important : un retard de déclaration peut, dans certains cas, être opposé par l’assureur pour réduire l’indemnisation, voire la refuser si le retard a causé un préjudice à l’assureur (par exemple, si l’aggravation du dommage pendant le retard a augmenté le coût de la réparation).

Notre recommandation : ne perdez pas une minute. Dès que vous constatez un désordre suspect, déclarez-le. Mieux vaut déclarer un dommage qui s’avèrera finalement mineur que de laisser passer le délai sur un dommage qui s’avèrera grave.

Le délai de prescription : 2 ans pour agir en justice

Si l’assureur refuse de prendre en charge le sinistre, ou si l’indemnisation proposée vous semble insuffisante, vous disposez de deux ans pour engager une action en justice contre l’assureur, conformément à l’article L114-1 du Code des assurances.

Ce délai de deux ans court à compter de l’événement qui donne naissance à l’action : le refus de prise en charge, la notification d’un montant d’indemnisation jugé insuffisant, ou la date du sinistre si aucune réponse n’a été apportée par l’assureur.

Attention : ce délai de deux ans concerne l’action contre l’assureur. L’action contre le constructeur lui-même (l’artisan ou l’entreprise qui a réalisé les travaux) se prescrit dans un délai de dix ans à compter de la réception des travaux, conformément à l’article 1792 du Code civil. Ce sont deux actions distinctes avec des délais distincts.

La procédure de déclaration étape par étape

Vous avez constaté un dommage sur votre ouvrage. Vous pensez qu’il relève de la garantie décennale. Voici la marche à suivre, dans l’ordre, pour faire valoir vos droits.

Étape 1 : Constatez et documentez le dommage

Avant toute démarche, constituez un dossier de preuves solide. Plus votre documentation sera précise et complète, plus la procédure sera fluide.

Prenez des photos et des vidéos. Photographiez le dommage sous différents angles, avec des plans larges pour le situer dans l’ouvrage et des plans rapprochés pour montrer les détails. Si le dommage évolue (une fissure qui s’élargit, une infiltration qui s’étend), prenez des photos à des dates différentes pour documenter l’évolution. Horodatez vos prises de vue.

Mesurez le dommage. Pour les fissures, mesurez la longueur, la largeur et la profondeur. Pour les infiltrations, identifiez la surface touchée. Pour les affaissements, évaluez le dénivelé. Ces mesures objectives seront utiles à l’expert.

Identifiez l’origine probable. Vous n’êtes pas expert, et personne ne vous demande de poser un diagnostic technique. Mais notez ce que vous observez : “la fissure suit le joint entre le mur porteur existant et l’extension”, “l’eau s’infiltre au niveau de la jonction entre le toit et la lucarne”, “le carrelage se soulève dans la zone où le plancher chauffant a été installé”. Ces observations factuelles aideront l’expert dans son analyse.

Faites établir un constat d’huissier si possible. Ce n’est pas obligatoire, mais c’est fortement recommandé pour les sinistres importants. Un constat d’huissier a une valeur probante supérieure à de simples photos. Il constitue une preuve difficilement contestable de la réalité et de l’étendue des dommages à une date donnée. Comptez entre 300 et 600 euros pour un constat, selon la complexité.

Étape 2 : Adressez une mise en demeure à l’artisan

Avant de saisir l’assureur, il est préférable d’informer l’artisan qui a réalisé les travaux. Envoyez-lui un courrier recommandé avec accusé de réception dans lequel vous décrivez les désordres constatés, vous rappelez la date de réception des travaux et vous le mettez en demeure d’intervenir pour réparer les dommages dans un délai raisonnable (généralement 15 à 30 jours).

Cette mise en demeure n’est pas une simple formalité. Elle a trois fonctions.

Elle informe l’artisan. Il est possible que l’artisan ne soit pas au courant du problème. En le prévenant par écrit, vous lui donnez la possibilité de constater le dommage et de proposer une réparation amiable, ce qui est toujours la solution la plus rapide.

Elle crée une preuve datée. Le recommandé avec accusé de réception constitue une preuve que vous avez signalé le problème à l’artisan à une date précise. Cette preuve sera utile si la procédure s’enlise ou si un contentieux judiciaire devient nécessaire.

Elle déclenche la procédure côté artisan. L’artisan qui reçoit une mise en demeure doit en informer son propre assureur décennale. C’est son obligation contractuelle. S’il ne le fait pas, il s’expose à des complications en cas de contentieux.

Si l’artisan a cessé son activité, a été placé en liquidation judiciaire ou est tout simplement injoignable, passez directement à l’étape 3. L’absence de réponse de l’artisan ne bloque pas la procédure d’indemnisation.

Étape 3 : Déclarez le sinistre à l’assureur

C’est l’étape centrale. La déclaration de sinistre doit être adressée à l’assureur compétent. La question de savoir quel assureur saisir dépend de votre situation.

Vous êtes le propriétaire/maitre d’ouvrage. Si vous avez souscrit une assurance dommages-ouvrage (DO) avant le début des travaux, déclarez le sinistre à votre assureur DO. C’est la voie la plus rapide : l’assureur DO est tenu de préfinancer les réparations sans attendre la détermination des responsabilités, puis il se retournera contre l’assureur de l’artisan. Si vous n’avez pas de DO (ce qui concerne malheureusement la majorité des particuliers), vous devez déclarer le sinistre directement auprès de l’assureur décennale de l’artisan.

Vous êtes l’artisan. Dès que vous avez connaissance d’un dommage signalé par votre client sur un ouvrage que vous avez réalisé, déclarez-le à votre assureur décennale. Ne tardez pas, même si vous pensez que le dommage ne relève pas de votre responsabilité. C’est à l’expert et à l’assureur de trancher cette question, pas à vous. Une déclaration tardive peut être sanctionnée par une déchéance de garantie.

Comment trouver l’assureur décennale de l’artisan ? L’attestation d’assurance décennale que l’artisan vous a remise avant le début des travaux mentionne le nom de la compagnie d’assurance, le numéro de contrat et les activités couvertes. Si vous ne retrouvez pas cette attestation, vous pouvez la demander à l’artisan, ou vérifier auprès de la chambre des métiers. Pour comprendre ce document en détail, consultez notre guide sur l’attestation décennale.

La déclaration doit être envoyée par courrier recommandé avec accusé de réception. Elle doit contenir les éléments suivants : votre identité et vos coordonnées, l’adresse du chantier concerné, la date de réception des travaux, la description détaillée des désordres constatés, la date de découverte des désordres, et l’ensemble des pièces justificatives (photos, constat d’huissier, copie de la mise en demeure envoyée à l’artisan).

Étape 4 : L’assureur accuse réception et nomme un expert

Dans les quinze jours suivant la réception de votre déclaration, l’assureur (ou l’assureur DO si vous en avez un) doit accuser réception et vous informer de la suite de la procédure. Il désigne un expert qui sera chargé d’examiner les dommages, d’en déterminer la cause et d’évaluer le coût des réparations.

Si vous avez une assurance dommages-ouvrage, les délais sont encadrés par la loi de manière stricte : l’assureur dispose de 60 jours à compter de la réception de la déclaration pour vous notifier sa décision de prise en charge ou de refus, et de 90 jours pour vous adresser une offre d’indemnisation. Ces délais sont impératifs. En l’absence de DO, les délais sont ceux prévus par le contrat d’assurance de l’artisan, et la procédure est généralement plus longue.

Étape 5 : L’expertise

L’expert mandaté par l’assureur se rend sur place pour examiner les dommages. Cette visite d’expertise est un moment clé de la procédure. Voici comment vous y préparer et la gérer au mieux.

Soyez présent. Ne laissez pas l’expert visiter seul. Accompagnez-le, montrez-lui les désordres, répondez à ses questions, et fournissez-lui tous les documents en votre possession (plans, devis des travaux, factures, PV de réception, correspondances avec l’artisan).

Vous pouvez vous faire assister. Rien ne vous empêche de vous faire accompagner par votre propre expert (un expert d’assuré) ou par un avocat spécialisé en droit de la construction. L’expert mandaté par l’assureur défend les intérêts de l’assureur, pas les vôtres. Un expert d’assuré rééquilibre le rapport de force. Son coût (entre 1 500 et 3 000 euros selon la complexité du dossier) peut être amorti par une indemnisation plus juste.

Faites vos propres observations. Prenez des notes pendant la visite. Notez les commentaires de l’expert, les zones qu’il examine, les questions qu’il pose. Si des points vous semblent avoir été négligés, signalez-le. Vous avez le droit de formuler des observations et des réserves.

L’expert rédige ensuite un rapport d’expertise qui sera transmis à l’assureur. Ce rapport est le document sur lequel l’assureur basera sa décision. Il contient la description des désordres, l’analyse de leurs causes, l’évaluation du lien avec les travaux réalisés, la détermination des responsabilités, et l’estimation du coût des réparations.

Étape 6 : Le rapport d’expertise et la décision de l’assureur

Le rapport d’expertise est adressé à l’assureur, qui prend ensuite sa décision. Trois issues sont possibles.

L’assureur accepte la prise en charge. Le sinistre est reconnu comme relevant de la garantie décennale. L’assureur vous adresse une offre d’indemnisation basée sur l’estimation de l’expert. Si vous acceptez cette offre, l’indemnisation est versée dans le délai prévu par le contrat. Si vous la jugez insuffisante, vous pouvez la contester (nous y reviendrons dans la section dédiée).

L’assureur refuse la prise en charge. Le sinistre est considéré comme ne relevant pas de la garantie décennale, ou un motif d’exclusion est invoqué. Le refus doit être motivé par écrit. Vous pouvez le contester.

L’assureur propose une prise en charge partielle. Seule une partie des dommages est reconnue comme relevant de la décennale, ou le montant proposé ne couvre qu’une fraction du coût réel des réparations. Là encore, vous pouvez contester.

Étape 7 : L’indemnisation

Si l’offre d’indemnisation est acceptée, le versement intervient dans un délai qui dépend du type de contrat et de la procédure.

En assurance dommages-ouvrage, l’indemnisation doit intervenir dans les 15 jours suivant l’acceptation de l’offre. C’est l’un des grands avantages de la DO : la rapidité du préfinancement.

En assurance décennale classique (sans DO), le délai est variable. Comptez en moyenne deux à six mois entre la déclaration initiale et le versement de l’indemnité, en l’absence de contestation. Si le dossier est complexe ou si des expertises complémentaires sont nécessaires, ce délai peut s’allonger.

L’indemnisation est en principe calculée sur la base du coût des réparations nécessaires pour remettre l’ouvrage en état. Elle ne couvre pas les améliorations ou les mises aux normes qui ne sont pas directement liées au sinistre. La franchise prévue au contrat est déduite du montant versé.

Les documents à fournir

Un dossier de sinistre bien constitué accélère considérablement la procédure. Voici la liste des pièces à préparer.

Documents essentiels (indispensables)

Le procès-verbal de réception des travaux. C’est le document qui fait courir le délai de dix ans. Il doit être signé par le maitre d’ouvrage (vous) et le constructeur (l’artisan). S’il comporte des réserves, joignez-les. Si aucun PV formel n’a été signé, fournissez tout document attestant de la date à laquelle vous avez pris possession de l’ouvrage : remise des clés, date d’emménagement, date du dernier paiement.

L’attestation d’assurance décennale de l’artisan. Ce document, que l’artisan est tenu de vous remettre avant le début des travaux, identifie la compagnie d’assurance, le numéro de contrat et les activités couvertes. Sans ce document, il sera difficile (mais pas impossible) de saisir l’assureur concerné. Pour en savoir plus sur ce document, consultez notre guide sur l’attestation décennale.

Les photos des désordres. Photos datées, sous différents angles, avec indication de l’échelle si possible (un mètre, un objet de taille connue à côté de la fissure).

La description écrite des désordres. Un document rédigé par vos soins décrivant précisément la nature, la localisation et l’étendue des dommages, ainsi que la date à laquelle vous les avez découverts.

La copie de la mise en demeure adressée à l’artisan. Avec l’accusé de réception.

Documents complémentaires (recommandés)

Le contrat ou devis signé des travaux. Il permet de connaitre la nature exacte des travaux réalisés, leur montant et les obligations contractuelles de l’artisan.

Les factures acquittées. Elles prouvent que les travaux ont été payés et leur montant total.

Les plans de l’ouvrage. Plans d’architecte, plans de masse, plans techniques. Ils permettent à l’expert de situer les désordres par rapport à la structure de l’ouvrage.

Les devis de réparation. Faites établir un ou deux devis par des artisans tiers pour les travaux de réparation nécessaires. Ces devis serviront de base de comparaison avec l’estimation de l’expert mandaté par l’assureur. Plus les devis sont détaillés, mieux c’est.

Le constat d’huissier. Si vous en avez fait établir un.

Les échanges écrits avec l’artisan. Emails, SMS, courriers. Tout ce qui documente vos échanges avec le constructeur au sujet des désordres.

Le permis de construire ou la déclaration préalable de travaux. Si applicable.

Constituez un dossier complet, classé dans l’ordre chronologique, avec une copie de chaque pièce. Envoyez les originaux (ou copies certifiées) à l’assureur et conservez un double intégral. Ne vous séparez jamais de l’unique exemplaire d’un document.

Le rôle de l’expert

L’expert est la figure centrale de la procédure de sinistre décennale. C’est son analyse qui déterminera si votre dommage est couvert et pour quel montant. Comprendre son rôle et ses limites vous permettra de mieux défendre vos intérêts.

L’expert mandaté par l’assureur

Cet expert est désigné et rémunéré par la compagnie d’assurance. Sa mission est d’établir les faits : constater les désordres, en analyser les causes techniques, évaluer le lien de causalité avec les travaux réalisés, et chiffrer le coût des réparations. Il produit un rapport qui servira de base à la décision de l’assureur.

Un point important à garder en tête : cet expert travaille pour l’assureur. Il n’est pas partial au sens malhonnête du terme, mais ses intérêts sont structurellement alignés avec ceux de celui qui le paie. Son estimation du coût des réparations peut être inférieure au coût réel. Son analyse peut minimiser certains désordres ou exclure certains dommages du périmètre décennal. Ce n’est pas nécessairement de la mauvaise foi, c’est la nature du dispositif.

L’expert d’assuré

C’est un expert que vous mandatez vous-même pour défendre vos intérêts. Il examine les dommages de manière indépendante, rédige son propre rapport et le confronte à celui de l’expert de l’assureur. En cas de désaccord entre les deux experts, un troisième expert (dit “expert de recours” ou “tiers expert”) peut être désigné d’un commun accord pour trancher.

Le recours à un expert d’assuré n’est pas obligatoire, mais il est fortement recommandé pour les sinistres importants (au-delà de 10 000 euros de dommages estimés). Son intervention augmente significativement vos chances d’obtenir une indemnisation juste. Comptez entre 1 500 et 3 000 euros pour une mission complète, selon la complexité du dossier. Certains experts d’assuré travaillent au pourcentage du montant obtenu, mais cette pratique est à manier avec prudence car elle peut créer un conflit d’intérêts.

L’expertise judiciaire

Si aucun accord n’est trouvé entre les parties, une expertise judiciaire peut être ordonnée par le tribunal. L’expert judiciaire est désigné par le juge et est indépendant de toutes les parties. Son rapport a une valeur probante supérieure et sert de base au jugement. L’expertise judiciaire est la procédure la plus longue (six mois à deux ans) et la plus coûteuse (les frais d’expertise sont avancés par le demandeur puis mis à la charge du perdant), mais c’est aussi la plus rigoureuse.

Montants d’indemnisation : à quoi s’attendre

Les montants d’indemnisation varient considérablement selon la nature du sinistre, l’ampleur des dommages et la région. Voici des ordres de grandeur réalistes basés sur les sinistres les plus fréquents, pour vous donner une idée de ce que représentent les indemnisations en pratique.

Fissures structurelles sur murs porteurs. Selon l’ampleur, l’indemnisation se situe généralement entre 15 000 et 80 000 euros. Une reprise de fondations partielles peut atteindre 50 000 à 120 000 euros. Les cas les plus graves, impliquant une démolition partielle et une reconstruction, peuvent dépasser 150 000 euros.

Infiltrations par la toiture. Pour une reprise d’étanchéité localisée, comptez entre 5 000 et 20 000 euros. Si la charpente est atteinte par l’humidité et doit être partiellement remplacée, le montant peut atteindre 30 000 à 60 000 euros. Sans compter les dommages intérieurs (plafonds, revêtements, mobilier) qui peuvent ajouter 10 000 à 25 000 euros.

Défauts d’étanchéité (terrasses, sous-sols, piscines). L’indemnisation se situe entre 8 000 et 40 000 euros selon la surface concernée et la complexité de la reprise. Une reprise d’étanchéité complète de terrasse peut atteindre 25 000 euros. Une piscine qui fuit structurellement peut nécessiter 15 000 à 35 000 euros de réparations.

Défauts de réseaux encastrés (plomberie, chauffage au sol). La réparation de canalisations encastrées implique souvent des travaux destructifs (ouverture de sols, de murs) puis une remise en état. Comptez entre 10 000 et 30 000 euros pour la reprise d’un réseau et la remise en état des finitions.

Affaissement de plancher ou de dallage. Selon la cause (compactage insuffisant du sol, sous-dimensionnement de la structure), l’indemnisation varie de 20 000 à 80 000 euros. Les cas nécessitant une reprise par micropieux peuvent dépasser 100 000 euros.

Ces montants sont des fourchettes indicatives. L’indemnisation réelle dépend du rapport de l’expert, des conditions du contrat (franchise, plafond de garantie), et de la négociation entre les parties.

Les motifs de refus de prise en charge

L’assureur ne prend pas en charge tous les sinistres déclarés. Certains sont légitimement exclus du périmètre de la garantie décennale. D’autres font l’objet de refus plus contestables. Voici les motifs les plus fréquemment invoqués.

Les exclusions contractuelles

Chaque contrat d’assurance décennale comporte des exclusions, listées dans les conditions générales et particulières. Les exclusions les plus courantes sont les suivantes.

Les dommages résultant d’un défaut d’entretien. Si le propriétaire n’a pas entretenu l’ouvrage correctement (absence de nettoyage des gouttières, absence de traitement des boiseries, absence de ventilation) et que cet entretien défaillant est la cause du dommage, l’assureur peut refuser la prise en charge. L’expert doit toutefois démontrer le lien de causalité entre le défaut d’entretien et le dommage.

Les dommages causés par un événement extérieur. Un tremblement de terre, une inondation, un glissement de terrain d’origine naturelle ne relèvent pas de la décennale. En revanche, si l’ouvrage s’est effondré lors d’un événement climatique parce qu’il n’avait pas été conçu conformément aux normes parasismiques ou aux règles de construction applicables, la responsabilité décennale peut être engagée.

Les dommages résultant de l’usure normale. Tout matériau vieillit. Une toiture en tuiles a une durée de vie de 30 à 50 ans, un enduit de façade de 20 à 30 ans. Si le dommage est imputable au vieillissement naturel des matériaux et non à un défaut de mise en oeuvre, il n’est pas couvert.

Les travaux non déclarés par l’artisan. Si l’artisan n’a pas déclaré l’activité concernée dans son contrat d’assurance, l’assureur peut refuser de couvrir le sinistre. Par exemple, si l’artisan est assuré pour la plomberie mais a réalisé des travaux de maçonnerie non couverts par son contrat.

Les motifs de non-conformité

La déclaration tardive. Si vous avez déclaré le sinistre bien au-delà du délai de cinq jours et que ce retard a causé un préjudice à l’assureur (aggravation des dommages, impossibilité de constater l’état initial), l’assureur peut invoquer une déchéance partielle ou totale de garantie. En pratique, ce motif est rarement invoqué seul, mais il peut peser dans la balance si d’autres éléments sont défavorables.

L’absence de lien avec les travaux. L’expert conclut que le dommage n’est pas causé par les travaux réalisés par l’artisan, mais par une autre cause (mouvement de terrain naturel, travaux réalisés par un autre intervenant, défaut de conception imputable à l’architecte et non à l’exécutant).

Le défaut de gravité. Le dommage existe, il est lié aux travaux, mais il n’atteint pas le seuil de gravité requis par l’article 1792 : il ne compromet ni la solidité de l’ouvrage ni son aptitude à sa destination. Un microfissure de retrait dans un enduit, par exemple, est un désordre courant qui ne relève pas de la décennale tant qu’il n’évolue pas vers une fissure infiltrante.

Le cas de l’artisan non assuré

Si l’artisan n’avait pas d’assurance décennale au moment des travaux, la situation est plus complexe mais pas désespérée. La responsabilité de l’artisan reste engagée sur son patrimoine personnel pendant dix ans (article 1792 du Code civil). Vous pouvez l’assigner en justice pour obtenir la réparation de votre préjudice. Mais si l’artisan est insolvable ou a cessé son activité, le recouvrement sera difficile, voire impossible. C’est pourquoi il est indispensable de vérifier l’attestation décennale de tout artisan avant le début des travaux.

Que faire si l’assureur refuse l’indemnisation

Un refus de l’assureur n’est pas une fin de parcours. Plusieurs recours sont possibles, du plus simple au plus lourd.

La contestation amiable

Commencez par contester le refus par écrit, en recommandé avec accusé de réception. Exposez vos arguments point par point en répondant aux motifs de refus invoqués par l’assureur. Joignez tout document ou avis technique qui contredit la position de l’assureur. Si vous avez fait appel à un expert d’assuré dont les conclusions divergent de celles de l’expert de l’assureur, joignez son rapport.

L’assureur dispose d’un délai raisonnable (généralement 30 jours) pour répondre à votre contestation. Dans un certain nombre de cas, cette démarche suffit à débloquer la situation, notamment lorsque le refus initial reposait sur un élément factuel erroné ou sur une interprétation contestable du rapport d’expertise.

La médiation de l’assurance

Si la contestation amiable n’aboutit pas, vous pouvez saisir le médiateur de l’assurance. C’est une procédure gratuite et confidentielle. Le médiateur est un tiers indépendant qui examine le litige et rend un avis dans un délai de 90 jours en principe. Son avis n’est pas contraignant pour les parties, mais il est suivi dans la grande majorité des cas.

Pour saisir le médiateur, adressez un courrier à la Médiation de l’Assurance (TSA 50110, 75441 Paris Cedex 09) en joignant une copie de votre dossier complet et de la correspondance avec l’assureur. Vous pouvez aussi effectuer la saisine en ligne sur le site mediation-assurance.org.

L’action en justice

Si la médiation échoue ou si le montant en jeu justifie une procédure judiciaire, vous pouvez saisir le tribunal. La juridiction compétente dépend du montant du litige.

Pour un litige inférieur à 10 000 euros : le tribunal de proximité ou le tribunal judiciaire statuant en procédure simplifiée. L’avocat n’est pas obligatoire, mais il est recommandé.

Pour un litige supérieur à 10 000 euros : le tribunal judiciaire. La représentation par un avocat est obligatoire.

Avant de lancer une action au fond, il est fréquent de demander au juge une expertise judiciaire en référé. Cette procédure rapide (quelques semaines à quelques mois) permet d’obtenir la nomination d’un expert judiciaire indépendant dont le rapport servira de base au jugement ultérieur.

Le délai de prescription pour agir est de deux ans à compter du refus de l’assureur (article L114-1 du Code des assurances). Ne laissez pas ce délai expirer.

Le Bureau Central de Tarification (BCT)

Le BCT n’intervient pas directement dans les litiges d’indemnisation. Son rôle concerne l’accès à l’assurance : il peut contraindre un assureur à couvrir un professionnel qui ne trouve pas de couverture sur le marché libre. Mais si vous êtes un artisan en difficulté pour maintenir votre décennale après un sinistre, le BCT peut être une solution pour retrouver une couverture. Pour en savoir plus, consultez notre article sur les solutions en cas de décennale refusée ou résiliée.

Étude de cas complète : de la fissure à l’indemnisation

Pour rendre cette procédure concrète, suivons le parcours de Sophie et Marc, propriétaires d’une maison individuelle en Ile-de-France.

Le contexte

Sophie et Marc ont fait construire une extension de leur maison par une entreprise de maçonnerie en 2022. Les travaux comprenaient la démolition d’un mur, la création d’une dalle, l’élévation de murs porteurs, la pose d’une toiture-terrasse et les finitions intérieures. Coût total : 85 000 euros TTC. La réception des travaux a eu lieu le 12 juin 2022, avec un PV signé par les deux parties et sans réserves.

Chronologie

Septembre 2025 (3 ans et 3 mois après la réception). Sophie remarque une fissure en escalier sur le mur de l’extension, côté jardin. La fissure mesure environ 1,50 mètre de long et 3 millimètres de large. Parallèlement, des traces d’humidité apparaissent sur le plafond de l’extension, à la jonction avec la toiture-terrasse.

Jour 1 (lundi 15 septembre 2025). Sophie prend des photos datées sous tous les angles. Elle mesure la fissure et note ses observations dans un document. Marc contacte un ami entrepreneur qui vient constater les dommages et confirme qu’il s’agit de désordres probablement structurels.

Jour 2 (mardi 16 septembre). Sophie et Marc retrouvent l’attestation décennale de l’entreprise de maçonnerie dans leur dossier travaux. L’entreprise est assurée auprès d’une compagnie pour les activités de maçonnerie et de couverture. Ils retrouvent également le PV de réception, le devis signé, les factures et les plans.

Jour 3 (mercredi 17 septembre). Envoi d’un courrier recommandé à l’entreprise de maçonnerie : mise en demeure de constater les désordres et de procéder aux réparations dans un délai de 21 jours.

Jour 4 (jeudi 18 septembre). Envoi d’un courrier recommandé à l’assureur décennale de l’entreprise : déclaration de sinistre avec description des désordres, photos, copie du PV de réception, copie de l’attestation décennale, copie de la mise en demeure.

Sophie et Marc n’ont pas souscrit d’assurance dommages-ouvrage (une erreur fréquente chez les particuliers). Ils saisissent donc directement l’assureur décennale de l’entreprise.

Jour 14 (lundi 29 septembre). L’assureur accuse réception de la déclaration et informe Sophie et Marc qu’un expert sera mandaté. L’entreprise de maçonnerie n’a pas répondu à la mise en demeure.

Jour 35 (mardi 21 octobre). L’expert mandaté par l’assureur se rend sur place. Sophie et Marc l’accompagnent pendant la visite, qui dure deux heures. L’expert examine la fissure, les traces d’humidité au plafond, la toiture-terrasse, et demande à consulter les plans. Il réalise des relevés et des mesures. Sophie prend des notes pendant toute la visite.

Jour 60 (vendredi 14 novembre). L’expert remet son rapport à l’assureur. Conclusions : la fissure est due à un mouvement de la dalle lié à un défaut de compactage du sol en amont de la construction. L’infiltration au plafond est causée par un défaut de relevé d’étanchéité de la toiture-terrasse à la jonction avec le mur existant. Les deux désordres relèvent de la garantie décennale. Coût estimé des réparations : 38 000 euros (reprise de la dalle : 22 000 euros, reprise de l’étanchéité et des finitions intérieures : 16 000 euros).

Jour 75 (lundi 1er décembre). L’assureur notifie à Sophie et Marc sa décision de prise en charge. Il propose une indemnisation de 34 500 euros, déduction faite de la franchise contractuelle de 3 500 euros.

Réaction de Sophie et Marc. Ils font établir deux devis par des entreprises tierces. Les devis s’élèvent respectivement à 41 000 et 43 500 euros. L’écart avec l’estimation de l’expert est significatif. Ils décident de contester le montant proposé.

Jour 80 (samedi 6 décembre). Envoi d’un courrier recommandé à l’assureur contestant le montant de l’indemnisation, avec les deux devis en pièces jointes. Sophie et Marc argumentent que l’estimation de l’expert sous-évalue le coût réel des réparations, en détaillant poste par poste les écarts constatés.

Jour 110 (lundi 5 janvier 2026). Après un échange de courriers et une seconde visite de l’expert, l’assureur révise son offre à 39 000 euros (franchise de 3 500 euros déduite, soit un coût de réparation retenu à 42 500 euros).

Jour 115 (samedi 10 janvier 2026). Sophie et Marc acceptent l’offre révisée. L’indemnisation de 39 000 euros est versée sous 15 jours. Ils lancent les travaux de réparation avec l’une des entreprises qui avait établi un devis.

Les enseignements de ce cas

Plusieurs points sont à retenir de cette étude de cas.

Le PV de réception a été déterminant. Sans ce document signé et daté, la procédure aurait été considérablement plus complexe et plus longue. Le PV a permis d’établir sans ambiguité le point de départ du délai décennal et de confirmer que les désordres relevaient bien de la période de garantie.

La réactivité a payé. Sophie et Marc ont agi en quatre jours : constatation, documentation, mise en demeure, déclaration. Cette rapidité a permis de lancer la procédure sans délai et de respecter le délai de cinq jours.

La contestation du montant a rapporté 4 500 euros. En faisant établir des devis indépendants et en argumentant de manière précise, Sophie et Marc ont obtenu une réévaluation significative de l’indemnisation. La leçon est claire : ne prenez pas la première offre comme un montant définitif et non négociable.

L’absence de dommages-ouvrage a rallongé la procédure. Avec une DO, le préfinancement aurait été acquis en 90 jours maximum. Sans DO, la procédure a pris environ quatre mois, avec la nécessité de gérer directement les échanges avec l’assureur de l’artisan.

Conseils spécifiques pour les artisans

Si vous êtes artisan et qu’un client vous signale un sinistre sur un ouvrage que vous avez réalisé, voici comment réagir pour protéger votre activité et gérer la situation de manière professionnelle.

Déclarez immédiatement à votre assureur. Dès que vous recevez une réclamation ou une mise en demeure, informez votre assureur. Ne tentez pas de régler le problème seul en espérant que personne ne s’en apercevra. Si le client finit par saisir directement votre assureur et que celui-ci découvre que vous étiez au courant du problème sans l’avoir déclaré, les conséquences seront bien plus graves qu’une simple déclaration de sinistre.

Ne reconnaissez pas votre responsabilité avant l’expertise. C’est un réflexe naturel quand on est consciencieux : “Oui, c’est moi qui ai fait les travaux, c’est de ma faute, je vais réparer.” Résistez à cette impulsion. Reconnaître votre responsabilité avant l’expertise peut compliquer la prise en charge par votre assureur. Certaines conditions générales prévoient que toute reconnaissance de responsabilité sans l’accord préalable de l’assureur peut entraîner une déchéance de garantie. Restez factuel : “J’ai bien réalisé ces travaux à cette date, je déclare la situation à mon assureur qui mandatera un expert.”

Coopérez avec l’expert. Fournissez tous les documents en votre possession : devis, factures, plans, fiches techniques des matériaux utilisés, photos de chantier si vous en avez. Plus vous facilitez le travail de l’expert, plus la procédure sera rapide et moins elle sera conflictuelle.

Tirez les leçons. Un sinistre décennale est toujours une épreuve, mais c’est aussi une source d’apprentissage. Analysez ce qui a mal fonctionné, et mettez en place des mesures correctives pour que le même problème ne se reproduise pas sur vos futurs chantiers. Cet effort de prévention vous sera aussi utile pour maintenir des conditions d’assurance favorables.

Protégez votre assurabilité. Un sinistre isolé n’est généralement pas un problème pour le renouvellement de votre décennale. En revanche, une accumulation de sinistres peut entraîner une augmentation de votre prime, voire une résiliation. Si votre prime augmente fortement après un sinistre, n’hésitez pas à comparer les offres. Vous pouvez demander un devis pour évaluer les alternatives.

Questions fréquentes

Que faire si l’artisan a cessé son activité ou est en liquidation judiciaire ?

La cessation d’activité de l’artisan ne met pas fin à la garantie décennale. L’assurance décennale couvre les dommages pendant dix ans, indépendamment de la situation de l’artisan. Si l’artisan a cessé son activité, adressez votre déclaration directement à son assureur décennale (celui mentionné sur l’attestation qui vous a été remise avant les travaux). Si l’artisan est en liquidation judiciaire, déclarez votre créance auprès du mandataire judiciaire et saisissez l’assureur. L’assureur reste tenu de ses obligations contractuelles même si l’assuré n’existe plus.

Faut-il obligatoirement une assurance dommages-ouvrage pour déclarer un sinistre décennale ?

Non. L’assurance dommages-ouvrage (DO) et l’assurance décennale sont deux contrats distincts. La DO est souscrite par le maitre d’ouvrage (le propriétaire) et permet un préfinancement rapide des réparations. La décennale est souscrite par le constructeur (l’artisan) et couvre sa responsabilité. Vous pouvez déclarer un sinistre directement auprès de l’assureur décennale de l’artisan même si vous n’avez pas de DO. La procédure sera simplement plus longue, car vous devrez attendre la détermination des responsabilités avant d’être indemnisé, alors que la DO vous indemnise d’abord et détermine les responsabilités ensuite.

Le propriétaire suivant peut-il bénéficier de la garantie décennale en cas de revente ?

Oui. La garantie décennale est attachée à l’ouvrage, pas à la personne du maitre d’ouvrage initial. Si vous vendez votre bien, l’acquéreur bénéficie automatiquement de la garantie décennale pour le temps restant à courir. Si les travaux ont été réceptionnés il y a quatre ans et que vous vendez, le nouveau propriétaire bénéficie encore de six ans de garantie. C’est pourquoi il est essentiel de transmettre à l’acquéreur l’ensemble des documents liés aux travaux : PV de réception, attestation décennale de l’artisan, contrats, factures.

Quel est le coût d’une procédure de sinistre décennale ?

La déclaration de sinistre elle-même ne coûte rien. Les frais potentiels sont les suivants : un constat d’huissier (300 à 600 euros), un expert d’assuré (1 500 à 3 000 euros), un avocat spécialisé si le dossier va en contentieux (entre 2 000 et 8 000 euros selon la complexité et la juridiction). Si vous avez une assurance dommages-ouvrage, la procédure est entièrement prise en charge par votre assureur DO. Si le litige est porté en justice et que vous gagnez, les frais d’expertise et les frais de justice sont généralement mis à la charge de la partie perdante.

Peut-on déclarer un sinistre décennale pour des travaux réalisés sans contrat écrit ?

Oui. L’absence de contrat écrit ne fait pas disparaitre la responsabilité décennale de l’artisan. L’article 1792 du Code civil s’applique à tout constructeur d’un ouvrage, qu’un contrat formel existe ou non. En revanche, l’absence de contrat compliquera la preuve de la nature exacte des travaux réalisés, de leur prix et de la date de réception. Rassemblez toutes les preuves disponibles : factures, virements bancaires, échanges de messages, témoignages. La charge de la preuve vous incombe, mais les tribunaux acceptent un faisceau d’indices convergents.

Un sinistre décennale peut-il être déclaré pour des travaux réalisés par le propriétaire lui-même ?

Non. La garantie décennale couvre la responsabilité des constructeurs professionnels : entrepreneurs, artisans, architectes, maitres d’oeuvre. Si vous réalisez vous-même des travaux sur votre propre habitation (auto-construction), vous ne pouvez pas vous prévaloir de la garantie décennale puisque vous êtes à la fois le constructeur et le maitre d’ouvrage. En revanche, si vous revendez le bien dans les dix ans suivant les travaux, votre responsabilité de vendeur-constructeur peut être engagée par l’acquéreur sur le fondement de l’article 1792 du Code civil.

L’assureur peut-il imposer l’entreprise qui réalisera les réparations ?

Cela dépend du contrat. Certains contrats d’assurance décennale prévoient que l’assureur peut proposer une entreprise partenaire pour effectuer les réparations. Dans ce cas, vous n’êtes généralement pas obligé d’accepter : vous pouvez choisir votre propre entreprise, mais l’indemnisation sera alors plafonnée au montant estimé par l’expert de l’assureur. Si le contrat prévoit une réparation en nature (l’assureur fait réaliser les travaux plutôt que de verser une indemnité), les modalités sont différentes. Lisez attentivement les conditions de votre contrat pour connaitre le mécanisme applicable.

Vous avez un doute sur un désordre constaté sur votre ouvrage ? Vous ne savez pas si la garantie décennale s’applique ? Contactez un conseiller Prossur pour faire le point sur votre situation.

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